Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Elle et lui, saison 2

Publié le par Buster Casey

 Tu sais que tu as eu beau te remplir la tête de plein de choses, tu as eu beau essayer d’oublier en te gavant de choses culturelles, tu as eu beau te persuader que le temps passant la douleur finirait pas disparaître, tu as eu beau croire que la pensée finirait par ensevelir les émotions mais tu savais, au fond de toi, quelque part, que tout cela était faux. Et qu’un jour, ton cœur, affamé, délaissé, désorienté, finirait par flairer l’odeur du manque, l’odeur du sentiment amoureux et que ce jour-là, tout le mur que ton cerveau et ta raison auront tenté d’ériger afin de ne plus vivre ces jours sombres s’effondrerait comme un rien. Car, tu le sais, il n’existe aucune bête aussi féroce que celle emprisonnée dans ta cage thoracique.

 

 Tu as cru pendant des mois qu’engourdir ta peine suffirait à la soigner, qu’à force de ne plus y penser elle finirait par disparaître d’elle-même mais tu te gourais sur toute la ligne parce que rien ne s’efface, aucune cicatrice, aucune douleur ancienne. Tu croyais rétablir un équilibre même précaire en nourrissant l’un tout en affamant l’autre, tu croyais t’en sortir comme ça car, pauvre fou, tu étais persuadé être au-delà de la douleur et du manque. Savais-tu que tout ton savoir ne valait rien face à la rage de ton cœur ? A vouloir le laisser mourir à petit feu, à vouloir l’enfermer sans un regard en arrière, à le laisser sécher dans sa cage, tu l'as laissé fabriquer le poison qui s’est infiltré dans tes veines depuis toutes ces années, suintant de ses cicatrices mal refermées, gouttant dans ce vide que tu as toi-même créé. Et tu croyais t’en sortir ? Tu croyais l’avoir vaincu ? Cette douleur n’est jamais partie, elle s’est dissipée, s’est mise en retrait, s’est faite oublier, attendant qu’une simple étincelle ravive ce poison qui fermente dans tout ton corps. Aujourd’hui, ton cœur est affamé. Il rue dans sa cage, il se blesse lui-même dans sa propre folie, il veut sortir de là autant qu’il souhaite mourir. Et tu sais qu’il est impossible à apaiser. Ton esprit s’est dérobé, comme d’habitude. Au moindre craquement, il passe par la fenêtre, incapable de gérer ce qui cogne dans ta poitrine. Il a peur de lui car sa rationalité ne fait pas le poids devant le maelstrom d’émotions qui le submergeront à coups sûrs. Comme la dernière fois. Comme à chaque fois. Car il n’existe aucune bête aussi féroce que celle emprisonnée dans ta cage thoracique.

Commenter cet article