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Vendredi 26 juin 2009

 Parmi les conneries sortant de la bouche des gens auxquels je dois faire face, il y en a une qui revient comme un boomerang : pourquoi j'ai autant de CDs ?

 Je vous ferai grâce de l'étendue de ma collection, de ma compulsivité d'achat ou de ce que je pense d'une déclaration aussi stupide. Mais je vais simplement répondre à la question. Mais avant, je vais vous demander de lancer le morceau qui suit en ayant pris soin de couper celui qui tourne en ce moment, afin d'éviter une cacophonie qui mettrait mon article en l'air.


 



 Vous entendez ? Vous écoutez ? Pas simplement en tant que bruit de fond idéal pour passer le balai, faire la vaisselle, récurer ses chaussures, remplir sa feuille d'impôts ou regarder le plafond. Est-ce que vous écoutez vraiment ce morceau ? Pas seulement avec vos oreilles ?

 J'ai entendu ce morceau pour la première fois dans les pires conditions qui soient : dans un magasin de musique. La sono à fond la caisse, des gens qui parlent et moi qui fouine dans les bacs à la recherche de quelques groupes de doom intéressants, tout en repensant à l'album que je venais précédemment d'écouter (Crack The Skye de Mastodon, un chef-d'oeuvre soit dit en passant...). Bref, un état d'inattention absolu et des morceaux qui glissaient sur moi comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Une semaine après, j'achetais l'album : Insurgentes de Steven Wilson (plus le Mastodon aussi...).




 Pourquoi, vous demandez-vous ? Pourquoi pas une deuxième écoute ? Tout simplement parce que le premier morceau m'avait tapé dans le système auditif primordial : le coeur. Alors que je n'avais pas le moindre souvenir du morceau, ni même du refrain ou quoi que ce soit, à part un entrelac de guitares, je passais en caisse. Et plus tard, dans l'intimité de ma chambre, un casque sur les oreilles, une fois le disque lancé, c'est le crash émotionnel. Le morceau d'ouverture m'envoie dans les cordes direct. Les notes, la chanson, la voix, l'émotion terrassante qui découle de tout ça trouvent un aller simple dans mon moi secret, sans barrières, sans obstacles. Comme un couteau brûlant s'enfonce tout seul dans du beurre, cette suite de notes me broie le coeur sans violence.

 Est-ce que vous entendez ? Est-ce que vous écoutez ? Pas simplement comme bruit de fond ou parce que c'est joli ? Est-ce que vous vous abandonnez totalement à ce morceau, au-delà du style, du genre, de vos habitudes musicales, de votre éducation, de votre entourage, de vos propres limites ?

 Fermez les yeux et ne pensez plus à ce qui vous entoure.
 Laissez la musique faire son travail.
 Ouvrez la porte, la porte où vous enterrez vos déchets intérieurs. Laissez-la s'ouvrir. Laissez sortir ce qu'il y a à l'intérieur.
 Vos peines, vos doutes. Vos regrets, vos remords, vos douleurs.
 Ne pensez même plus à ce que vous faites et pourquoi vous le faites. Oubliez le monde pendant 5 minutes. Oubliez-vous pendant 5 minutes. Laissez couler ce que cette musique remue en vous.
 Vos pleurs, votre solitude, votre peur. Votre rage, votre frustration. Vos couleuvres avalées, votre masque quotidien. Vos sentiments les plus négatifs.

 Normalement, au bout du bout, vous pourriez éventuellement sentir une petite boule au fond de la gorge. Vous pourriez vous sentir extrêmement bien aussi. Vous pourriez vous sentir mieux parce que l'émotion lave beaucoup de choses. Et vous pourriez aussi vous dire que cet album vous permettra de survivre un jour de plus de cette vie pourrie. Et que cet ensemble de sons a depuis longtemps remplacé le sang qui coule dans vos veines.

 Et puis... Vous pourriez très bien ne rien ressentir. Trouver cela joli et continuer de repasser vos caleçons. Continuer à vivre en vous foutant du meilleur album de 2009, 2008 et tout le début du siècle. Ou trouver cela nunuche, tarte, bruyant, trop triste bouh caca... et perdre ainsi le seul moyen de communiquer (totalement) avec moi. Et si, par malheur, la musique n'est vraiment pour vous qu'un bruit de fond, je n'ai définitivement plus rien à vous dire.

 Voilà pourquoi j'ai autant de CDs...

 Bonne nuit...

Par Buster Casey - Publié dans : Des fois, je m'emballe tout seul...
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Commentaires

Celui ci :

Fils du documentariste Sol Korine, Harmony grandit à Nashville (Tennessee). Fasciné par les films de Buster Keaton, il passe ses journées dans la salle de cinéma locale. Adolescent, il part chez sa grand-mère à New York, où il entame des études d'anglais, mais découvre surtout le cinéma de Fassbinder, Godard ou Cassavetes, avant de travailler comme assistant de production sur Light Sleeper de Paul Schrader.

A Washington Square Park, où il fait du skate avec ses copains, Korine rencontre un jour
Larry Clark, qui lui propose d'écrire un scénario. C'est ainsi qu'il signe, à 19 ans, le script de Kids (1995), long métrage-choc sur le quotidien d'ados désoeuvrés au temps du sida. A la même période, il écrit pour Clark le scénario de Ken Park, mais cette oeuvre, encore plus crue, et tout aussi désespérée, ne verra le jour qu'une dizaine d'années plus tard.

En 1997, Harmony Korine réalise son premier long métrage,
Gummo, bric-à-brac poétique et inventif qui fait la part belle à l'Amérique des laissés-pour-compte. Au générique de ce premier opus très remarqué, notamment à Venise, figure celle qui est alors sa compagne, Chloë Sevigny, également à l'affiche de son deuxième long, Julien Donkey-Boy (1999), film labellisé "Dogme" qui le voit poursuivre ses expérimentations. Mais Korine s'éloignera ensuite des plateaux de cinéma, traversant une longue période de crise (dépression, toxicomanie) et se consacrant à d'autres activités. Joueur de banjo, danseur de claquettes, écrivain, réalisateur de clips, photographe -sa série de clichés sur Macaulay Culkin fit l'objet d'une exposition-, il réapparaît à l'écran en 2005 dans une scène de Last days de son vieil ami Gus Van Sant.

Il faut attendre 2007 pour découvrir son nouveau long-métrage,
Mister Lonely, projeté à Cannes dans la sélection Un Certain Regard. Présenté comme une comédie, le film nous invite dans une communauté de sosies coupés du monde et révèle un Harmony Korine sans doute apaisé et moins acide qu'auparavant mais conservant toujours la poésie et le malaise qui lui est propre.

Commentaire n°1 posté par Seb le 29/06/2009 à 23h38
J'ignorais tout ça. Merci pour l'info. Connaissant Steven Wilson, ce n'est pas impossible qu'il se soit inspiré de ce bonhomme (surtout pour le malaise adolescent).
Réponse de Buster Casey le 30/06/2009 à 14h29
Personnellement je connaissais déjà le chanteur mais c'est vrai que le post est bon (et la chanson tout bonnement excellente)... le titre de la chanson a t il quelque chose à voir avec le réalisateur ??
Commentaire n°2 posté par Seb le 29/06/2009 à 14h14
Quel réalisateur ?
Réponse de Buster Casey le 29/06/2009 à 21h40
... pardon, je précise ma pensée : je veux dire que tout ça vaut bien un GRAND merci, mais que celui-ci reste bien peu de choses, comparé à ce à quoi il se réfère :)
Commentaire n°3 posté par Céline le 29/06/2009 à 11h36
... pardon, je précise ma pensée : je veux dire que tout ça vaut bien un GRAND merci, mais que celui-ci reste bien peu de choses, comparé à ce à quoi il se réfère :)
Commentaire n°4 posté par Céline le 29/06/2009 à 11h35
Alors un GRAND merci à toi aussi
Réponse de Buster Casey le 29/06/2009 à 21h40

Si.
Pour la découverte de ce chanteur, le plaisir à lire ton post construit sur le rythme de la musique, la sincérité qui s'en dégage et surtout pour l'indicible émotion que m'a procuré ce morceau.
Tout ça vaut bien un petit merci.

Commentaire n°5 posté par Céline le 29/06/2009 à 11h30

Merci.

Commentaire n°6 posté par Céline le 28/06/2009 à 19h46
Heu... Pas de quoi ?
Réponse de Buster Casey le 28/06/2009 à 22h41
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