Mardi 13 octobre 2009
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Sans vouloir mettre les deux pieds dans la polémique (ce n'est pas mon
genre, je n'aime pas ça !), ne trouvez-vous pas qu'il régne en ce moment une ambiance fétide ? Outre un hyper-président qui n'a d'hyper que le nom, une régression dans tous les domaines (social,
culturel, intellectuel...) et une tension sociale palpable et dangereuse, voilà que nous tombe sur le bec une double affaire de moeurs : Polanski et Mitterrand ! Deux pour le prix d'une, c'est la
promo dans le sordide !
Sans vouloir répéter ce que dit Hephaistos dans cet article (et il le dit bien, même s'il le dit avec les mots d'un autre), l'affaire Polanski est un ratage total. Que savons-nous ? Que
Polanski, il y a plus de 30 ans, lors d'une séance photo, s'est un peu emballé pour tirer le portrait de son jeune modèle (13 ans au moment des faits !). Plainte, procès, scandale, prison,
fuite... Voilà tous les ingrédients d'un savoureux thriller si tout cela n'était pas tragiquement vrai. Poursuivi par un juge qui avait envie de se payer une star, harcelé par un pays qui ne
l'a jamais accepté (le meurtre de Sharon Tate, sa femme, par l'autre taré de Manson lui y a été pratiquement reproché, si ce n'est justifié), Polanski se barre avant la fin de son procès. Et là,
que se passe-t-il ? Est-il traqué comme le serait un effroyable nazi ? Est-il condamné à se terrer au fond d'un égout afin que personne ne le lapide ? Recourt-il à la chirurgie esthétique ? Non.
Il trouve refuge en Europe et reprend le boulot. Toutes les stars mondiales (y compris américaines) tourneront avec lui, il alignera une palanquée de chef-d'oeuvres, sera accueilli à bras ouverts
partout et Le Pianiste le consacrera définitivement avec une cascade de prix. Il est président du festival de Cannes, on lui remettra une Palme... Bref, hormis cette impossibilité de
fouler à nouveau le sol américain, Polanski est un artiste comblé.
Patatra ! Plus de 30 ans après, suite à un malicieux coup fourré, Polanski se fait serrer comme un voleur lors d'un festival cinéma en Suisse. Motif : une affaire vieille de 30 ans, telle
une épée de Damoclés. Normalement, on aurait du tiquer devant l'absurdité de la chose. Polanski vit en Suisse depuis 30 ans, il y passe ses vacances, il a une maison, il fait ses courses, tout le
sait et tout le monde le connaît. Et soudain, sorti du chapeau, voilà que la Suisse le coffre avec une extradition à coups de pied au cul pour les U.S.A.. Pourquoi ? Pourquoi avoir attendu aussi
longtemps ? Pour calmer sa méfiance ? Sûr, ça a bien marché. Le problème, c'est qu'avant d'analyser calmement cette situation, on a joué l'émotion indignée et tout est parti en couilles.
Déclaration à chaud du ministre de la culture et pétition foireuse des artistes ont créé un amalgame douteux : un "artiste" n'aurait donc pas les mêmes droits que les autres, parce que c'est un
génie il a donc tous les droits y compris de violer les petites filles, justice à deux vitesses, dégueulasse, pendez-le par les couilles, etc...
Qu'importe si personne ne connaît le nom de la jeune fille en question, qu'importe de savoir ce qu'elle est devenue aujourd'hui, qu'importe ses déclarations disant qu'elle a pardonné à
Polanski et qu'elle puisse le défendre malgré tout, le bon sens populaire (oxymore !!!) est entaché par une pensée mononeuronale : Polanski viole les petits enfants ! Son avocat aura beau se
débattre dans différentes émissions pour essayer d'expliquer les tenants et les aboutissants, rien n'y fera : Polanski viole les petits enfants ! Bravo la justice américaine ! C'est pas en France
qu'on verrait ça, nous qui sommes laxistes, corrompus et qu'y a plus de justice ma bonn' dame ! Et tant pis si la justice américaine peut-être illogique, raciste, partiale et complètement à
l'ouest parfois, pour ce cas, elle satisfait nos appétits fascistes.
Car c'est, pour moi, de cela qu'il s'agit. Du fascisme. Un appel à la violence. Oeil pour oeil. La victime n'a même plus droit de parole. Et si elle dit quelque chose, on lui rétorque :
"oui mais elle a été payée !". Ha ha ! L'argent corrompt tout, cette pauvre fille ne sait plus ce qu'elle dit. Mais le bon sens populaire (oxymore !!!) est là, qui veille au grain, qui sait voir
à travers les mensonges. Comme pour Dreyfus, Outreau ou l'affaire Baudis. Voilà une affaire qui permet à chacun de vomir sa haine et de se poser en justicier et en être droit et impartial.
Comme si cela ne suffisait pas, dans l'émission Mots Croisés, Marine Le Pen, sentant qu'il y a avait un coup à jouer, balance, avec une mauvaise foi et un aplomb digne de
papounet, que Frédéric Mitterrand n'a pas sa place dans ce gouvernement car, scandale, il se serait tapé des petits garçons en Thaïlande et qu'en plus, il l'a écrit dans son livre. Benoit Hamon,
le Rantanplan du P.S., abonde dans sa direction... alors qu'il n'a même pas lu le livre. Boule de neige et on ressort les ordures. Coupable d'avoir soutenu Polanski, Mitterrand se fait étriller
dans un mauvais procès. Alors qu'il était simple de voir là une bête manoeuvre politicienne d'un parti exsangue, la presse s'en fait l'écho et remet le FN sur le devant de la scène.
Mitterrand, d'abord lointain, se voit obligé de répondre avant que l'affaire ne lui glisse des mains et se vautre en direct sur TF1. Il aura beau répéter qu'il ne faut pas confondre homosexualité
et pédophilie, rien n'y fera : Mitterrand viole les petits enfants !
Reprenons. Polanski viole une mineure, devient ennemi public N°1, s'enfuit et trouve une Europe accueillante qui va l'héberger jusqu'à aujourd'hui. La même Europe qui le siffle maintenant.
Frédéric Mitterrand écrit un livre où il raconte sa "mauvaise vie". La presse est élogieuse, les plateaux télé sont ouverts, le livre est un carton des ventes. 4 ans plus tard, Marine Le Pen
dénonce un passage que tout le monde a lu sans le comprendre (apparemment), critiques comme public, et c'est le tollé général. Les justifications deviennent inutiles, le doute, la méfiance, la
méchanceté populaire (pléonasme !!!) a déjà infecté tout débat. Si Mitterrand est allé en Thaïlande, c'est pour se taper des petits garçons. A croire qu'il n'y a que ça à faire là-bas. Sauf que
rien ne l'indique clairement dans le livre. Rien ne prouve qu'il s'est tapé des mineurs... ou pas. Mais comme c'est un notable qui a de l'argent... et que la Thaïlande... Non, il n'y a que ça a à
faire là-bas, non ?
Dans son dernier livre, Mangez-le Si Vous Voulez, Jean Teulé raconte un fait divers atroce où une foule, d'un simple malentendu, soleil tapant, se retrouve à manger un homme. Ses
assassins, lors du procès, plaideront qu'ils n'ont pas compris le pourquoi de leur geste et qu'au fond, ils l'aimaient bien le gars en question, ils n'avaient rien contre lui. Avec minutie,
Teulé décrit un lynchage populaire, sur fond de bêtise crasse et d'effet de foule. Succès critique et public, où tout le monde se tape sur le ventre en se disant qu'une chose pareille
n'arriverait plus de nos jours.
Ha bon ?
Bonne nuit...
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