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Critiques navrantes

Jeudi 6 août 2009

 Là-Haut de Pete Doctor

 Là-Haut, c'est un peu là où se trouve Pixar dans le domaine de l'animation. Tout en haut, très très haut, à un endroit où tous les autres films d'animation doivent leur apparaître petit-petit. C'est pas faute d'essayer, remarquez. Kung-Fu Panda se débrouillait plutôt bien (et même plus que bien). L'Age de Glace 3 évitait la sortie de route de belle manière. C'est le succès, la gloire et l'éventuelle outrecuidance de croire que...

 Et puis Pixar sort un nouveau film. Et le reste est balayé d'un revers d'animation. L'année dernière, Wall-E mettait Kung-Fu Panda à sec et sans huile de vidange. Cette année, c'est un petit vieux qui envoie les dinos de L'Age de Glace 3 jouer aux osselets. C'est comme ça.

 On pourrait dire du mal. On pourrait essayer de dire du mal. Le design. L'histoire. Les bons sentiments. Un dessin animé qui aborde des thèmes guère "enfantins" (la vieillesse, la mort, la perte de l'être cher, la solitude, la transmission...). Du fait que l'on pleure au bout de dix minutes de film... et puis après aussi... et encore à la fin.

 Et puis non. Tout simplement parce que le film est éblouissant, intelligent, qu'il tape au coeur, qu'il délivre une morale sincère (quelque soit l'âge, la vie réserve toujours son lot de surprises et d'aventures à vivre), que l'émotion n'a jamais été aussi intense avec des personnages de synthèse (impossible de ne pas s'écrouler en larmes après la superbe introduction), que l'humour n'a jamais été aussi déjanté, que les personnages nous parlent, que le souffle de l'aventure est impressionnant (avec quelques scènes d'action emballées de main de maître), qu'il n'y a pas une seule seconde inutile dans tout le métrage, que même la voix de Aznavour ne gâche pas le plaisir, que... que...

 Enfin bref, en gros, Pixar balance un nouveau chef-d'oeuvre pour cette année. Une lueur d'espoir pour la concurrence : Toy Story 3 est prévu pour 2010. Peut-être ne réaliseront-ils qu'un très bon film. Mais bon, au vu de la bande-annonce, c'est mal engagé. Là-haut, je vous dis...

 Bonne nuit...

Par Buster Casey
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Lundi 27 juillet 2009

 Brüno de Larry Charles

 Qui connaissait Sacha Baron Cohen avant Borat ? Qui connaissait Sacha Baron Cohen tout court ? Personne... en France. Seuls quelques cablés maniaques de la défunte chaîne Canal Jimmy (remplacée depuis par un homonyme de piètre facture) avait pu se régaler, il y a 10 ans au bas mot, de la diffusion en V.O.S.T. du cultissime Da Ali G Show. Ce rappeur blanc qui vivait chez sa mère animait ainsi son émission et interviewait quelques éminences politiques et scientifiques en leur posant les questions les plus connes avec un aplomb déconcertant. Le truc marche : face à un tel débile, les interviewés laissent alors aller libre cours à leur naturel et sont piégés en beauté.

 Devant le succès grandissant, Sacha Baron Cohen invente une galerie de personnage dont Borat et Brüno. Par le même principe, il dévoile la bêtise crasse de tout un chacun face à un personnage décalé. Si, pour le passage cinéma, Ali G avait bénéficié d'un vrai film (pas terrible), les deux autres créations de Cohen auront droit à une sorte de docu-fiction, plus proche de leurs origines. Et le succès impressionnant de Borat a ouvert la voie à Brüno, le fashion autrichien gay.

 Ceux qui ont aimé (ou détesté) Borat seront en terrain connu. Une vague trame scénaristique (ici, Brüno, déchu, veut redevenir célèbre à tout prix) où s'entremêle le vrai et le faux. Un mélange à ce point lié qu'il est très difficile de discerner le vrai du faux, nous demandant même si certaines séquences "brutes" ne sont pas scénarisées. Là où Borat, en mission culturelle pour son pays, relevait les coins sombres d'une Amérique raciste, belliciste et homophobe, Brüno... fait de même. Sauf que cette fois-ci, il dégomme le star-system, le charity business, les paillettes, la télévision, la mode et va gratter le vernis de l'Amérique profonde (chasseurs, militaires, religieux...) mais aussi du Moyen-Orient. En affichant un personnage ultra-gay à ses interlocuteurs, Sacha Baron Cohen parvient à nous montrer leur homophobie latente. La séquence où il campe avec trois chasseurs bien bouseux et le malaise inouï qu'il parvient à générer en déclarant "Aah, il y a tant d'étoiles dans le ciel... et de beaux mecs canons sur terre !" vaut son pesant d'or. De même que l'anthologique séquence finale dans l'arène d'un show d'Ultimate Fighting où il embrasse un autre homme devant un public qui laisse éclater une haine tétanisante.

 Car tout le génie de Sacha Baron Cohen réside dans cette ambivalence : faire rire en créant des situations à la limite du malaise et de l'embarras. Alternant entre un humour extrêmement trash (ça tape sous la ceinture et ça tape cru !), gags fendars et caméras cachées gonflées, Brüno s'adresse à un public à l'humour très très large.

 Maintenant, la logique d'un tel film peut prêter à polémique. Nous sommes face à un humour de l'extrême dont une grande partie de la "réussite" tient dans le malaise qu'il provoque. Et Brüno en contient plus que de raison. De même que d'aller chercher volontairement les pires rebuts de l'Amérique en jouant volontairement un opposé qu'ils détestent afin de montrer une homophobie terrible. On peut évidemment saluer (ou être consterné) par le courage ou l'inconscience de Sacha Baron Cohen d'aller se fourrer dans des situations suicidaires (la scène finale, le voyage en Palestine...). Et en même temps, trouver que son argument peut se rapprocher d'un Michael Moore. Appuyer là où ça fait mal en utilisant des moyens dont on sait pertinemment qu'ils vont produire ce résultat. En soi, provoquer un jury de télévision (composé de vieux) en proposant un pilote d'émission limite porno-gay et les voir s'offusquer ou avaler leur cravate peut être drôle... mais n'a rien d'étonnant. Comme d'aller développer un message raciste dans une émission télé au public exclusivement... Afro-Américain.

 Bref, Brüno se pose dans la droite lignée de Borat, ce qui est rassurant et guère étonnant. Ce film aura aussi pour but de tester votre limite humoristique. Peut-on rire de tout ? Pour Sacha Baron Cohen, la question ne se pose même pas.

Par Buster Casey
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Mardi 21 juillet 2009

 Petit retard sur mes chroniques ciné. Pas d'affolement, vous n'aviez même pas vu la différence...

 L'Age De Glace 3 : Le Temps Des Dinosaures de Carlos Saldanha

 Aller voir ce film n'était pas du tout ma priorité. Autant être franc, si j'avais trouvé le premier sympa, le deuxième m'avait un peu gonflé. Pas drôle et bons sentiments à la louche, la séquelle parvenait à développer un soupçon d'intérêt lors de la séquence finale. Donc, à l'annonce d'un troisième épisode, je pensais passer mon tour. Sauf que, la vie étant ce qu'elle est, des amis ont insisté pour que je vienne avec eux. Me voilà donc reparti pour un tour.

 D'entrée de jeu, on sent que le ton change. Le film est plus joli, les évènements s'enchaînent à toute vitesse et, honneur suprême, comme je ne m'étais absolument pas penché sur le projet, j'ai vécu l'histoire vierge de tout renseignement. En misant sur un ton plus adulte, les auteurs ont su donner un rythme trépidant au film. Ils créent un nouveau personnage déjanté assez intéressant (Buck, la belette guerrière), sorte de mélange entre Jack Sparrow et le capitaine Achab. Ensuite, les blagues tapent très souvent sous la ceinture et les bons sentiments sont remisés (en partie) au placard. Bref, ce fut une bonne surprise. Et ma critique s'arrête là dans la mesure où n'attendant rien du film, je ne vais pas non plus disserter trois plombes dessus. Un bon film et c'est déjà pas mal.


 Public Enemies de Michael Mann

 Michael Mann est un grand cinéaste, un auteur de la trempe d'un James Cameron, exigeant et intransigeant sur un plateau, n'hésitant pas à utiliser les derniers outils technologiques pour raconter ses histoires. Avec une carrière longue comme le bras et une qualité filmographique difficilement prise à défaut, l'annonce d'un nouveau film du gars avec Johnny Depp et Christian Bale à l'affiche provoquait une furieuse crise de bave incontrôlée. Pas de bol, c'est une douche froide !

 Public Enemies propose de nous raconter, non pas l'histoire, mais une partie de l'histoire d'un des plus flamboyant criminel américain, John Dilinger. La trame du film se déroule ainsi de son évasion d'une prison à sa mort sous les balles du F.B.I., ce qui correspond à quelques mois. Oui, désolé de ne pas être plus précis mais le film ne nous donne jamais vraiment de repères temporels. Le gangster est incarné par Johnny Depp, l'agent chargé de le poursuivre par Christian Bale et la petite pépée de Dilinger par Marion Cottilard (rrrr...). Et malgré tout ça...

 Première chose qui coince : la HD. Tourné en haute définition, le métrage se trouve étrangement "déréalisé", comme si l'image formait une barrière avec le spectateur. Inconsciemment, ce type d'image nous ramène à un visionnage de making-of ou d'un reportage mais pas à une image cinéma. D'entrée de jeu, la technologie nous met hors du film. S'ensuit alors des images comme floues, bavantes dès que la caméra panote un peu trop brutalement et surtout des scènes de nuit carrément moches là où les scènes diurnes semblent grises. Si Collateral s'en sortait bien (et que Zodiac de Fincher s'en tirait à merveille), Miami Vice subissait le même défaut. Défaut amoindri par son contexte actuel. Ici, la HD pour un film des années 30, ça coince.

 Deuxième os dans la gorge : le scénario. On sait Michael Mann plutôt habile avec un stylo et des histoires qui ont toujours quelque chose à raconter. Une surprise d'autant plus grande que le bonhomme a été aidé par deux autres personnes pour ce Public Enemies dont le résultat est... indigent. Une caractérisation des personnages à la serpe, chacun restant jusqu'au bout placardé dans son stéréotype. Ce qui entraîne une identification et une empathie nulles pour ceux-ci. Que ce soit pour le bandit ou le super-agent lui courant après, on ne choisit aucun camp parce qu'on s'en fout. On ne ressent rien, on ne déteste personne mais on en les aime pas non plus. Les acteurs se débattent alors à essayer de nous transmettre quelque chose mais rien ne se passe. Le scénario veut nous embarquer dans la flamboyance du personnage, simplement parce que Dilinger le répète trois fois. C'est un peu court, jeune homme.

 A ce titre, les dialogues sont mal fichus et les poncifs tombent comme des perles. Dilinger emballe la petite française en deux coups de manches ("Je veux que tu me suives. Tu es avec moi maintenant !" "Non. Ah ben oui finalement...") et il est trop beau gosse. L'agent du F.B.I. serre les dents et est plein de loyauté mais on ne saura rien de plus sur lui. Quand à Marion Cotillard, elle joue la fille du voyou. Une scène où elle se fait tabasser donne un peu plus d'importance à son rôle et à son jeu mais c'est tout.

 Bref, de la part de l'homme derrière Heat (qui racontait en gros la même histoire), voilà venir un film froid, clinique, où même Johnny Depp n'est pas à son aise et Bale réduit à un visage fermé. Mann reste cependant maître de sa caméra lors d'une impressionnante fusillade en pleine forêt, gâchée par la HD. L'émotion pointe finalement son nez lors de la mort de Dilinger : harmonie parfaite de la musique, du montage, du cadrage et de la durée de l'ensemble. Émotion renouvelée lors de la dernière scène dans la prison. Mais trop tard.

 Désillusion terrible que ce Public Enemies donc, mais gageons que Mister Mann saura rebondir en jetant sa HD pourrave à la poubelle, en revenant à la bonne pellicule et en nous offrant une histoire trippante comme il en a le secret. Je croise tous mes doigts.

 Bonne nuit...

Par Buster Casey
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Mercredi 8 juillet 2009

 
 Transformers 2 de Michael "Boompatatra" Bay

 Parmi les grands auteurs du cinéma américain actuel, il serait inconvenant d'oublier de ne pas citer Michael Bay. Ancien clippeur acharné, le bonhomme fait ses premières armes avec le délicat et poétique Bad Boys. Frais comme une brise de printemps, traitant de sujets de fond avec pertinence comme le recours à la violence et à la place des femmes dans un monde d'hommes, ce premier film éclaire le monde entier sur l'univers de son auteur : bagnoles, nichons, explosions. Un triptyque dont il ne se détournera guère tout au long de ses films suivants. Pourtant, Rock, son deuxième film, fait figure d'exception. Même si le bonhomme use et abuse des bagnoles et des explosions, c'est au service d'un scénario plus malin qu'il n'en a l'air. Aidé aussi par un casting de poids, le film décroche la timbale en se positionnant comme un des meilleurs films d'action des années 90 et probablement le meilleur film de Bay.

 Parce qu'après, c'est une autre histoire. La mégalomanie du bonhomme, augmentant en même temps que ses budgets et la taille de ses films, nous a permis de voir débouler sur nos écrans des pelloches assez hallucinantes. Grisé par le succès de Rock, Bay réalise alors son film catastrophe-fin du monde, Armageddon. Et là, il déjante carrément. Envoyant aux fraises un scénario con comme une valise sans poignées, il filme l'invraisemblable au bazooka. Amusant au début mais carrément gonflant sur la fin (avec un climax bourricot), Bay se fait néanmoins des burnes en or. Cependant, l'accueil critique plutôt froid le met au doute. Il décide alors de s'acheter une respectabilité en réalisant un film sérieux, une fresque épique et romanesque, spectaculaire et émouvante. Ce sera Pearl Harbor.

 Si vous avez vu ce film, je ne vous choquerai pas en vous disant que c'est un film sexiste. En effet, les filles pleurent pour l'histoire d'amour (d'une bêtise affolante) tandis que les garçons attendent impatiemment le passage où tout pète. Et pour le coup, on est servi. En voulant rentrer dans le rang, le réalisateur fait son premier faux pas et pond un véritable nanar, encore plus débile qu'Armageddon (qui lui avait pour excuse de partir d'un canevas imaginaire). Le triangle amoureux est nunuche à n'en plus finir, le patriotisme exacerbé et grotesque, la vision des japonais je n'en parle même pas et les personnages principaux sont des caricatures dont nous souhaitons la mort sous un déluge de bombes. Porté par des acteurs insipides, une partition qui ne rate pas une occasion de tirer dans le flon-flon et une prédilection pour la pose plutôt qu'au viscéral, le film ne se rattrape même pas sur le plan technique sauf pour l'impressionnante attaque de Pearl Harbor où Bay redevient lui-même. Malgré les démentis du producteur, le film ne sera pas le raz-de-marée tant espéré en dépit de ses bons scores. La presse, de son coté, éreinte le réalisateur et le film. Qu'à cela ne tienne, Bay se vengera avec Bad Boys 2. Encore plus macho, encore plus vulgaire et carrément plus con que con, ce deuxième volet renvoie le premier épisode, pourtant pas fin-fin, à une oeuvre de Maurice Pialat. S'autorisant tous les excès les plus inutiles, les blagues racistes, sexistes et nécrophiles, l'action sans fondement et une durée délirante pour ce type de film (2 h 30 !!), Bad Boys 2 se savoure avec le cerveau dans l'aquarium. Aucune chance de trouver une idée dans le scénario (y'en a pas), tout est misé sur les hormones mâles et le triptyque sacré. Passé cette rage adolescente, Bay ira trouver refuge chez Spielberg pour qui il tournera un film d'anticipation sympa, The Island. Pendant 45 minutes, c'est la surprise : rien n'explose, personne ne passe à travers les murs et pas un seul nibard à l'horizon. On sent que le réal se retient autant qu'il peut... et finit par se dire que 45 minutes, c'était suffisant pour installer la psychologie de ses personnages. Les vieux démons démons reviennent alors et boumbadaboum, tout péte (encore) à l'écran. Cet aspect "too much" ruine l'incroyable potentiel d'une histoire aux résonances profondes et questionnant notre humanité. Il en reste, au travers des flammes, quelques bribes qui attendront un autre film avant d'être exploitées.

 Bref, vu le C.V. du gars, quand des producteurs à court d'idées (mais pas d'argent) décident de mettre sur pieds une adaptation ciné des jouets Hasbro Transformers, Michael Bay est l'homme de la situation. Des gros robots qui se transforment en voitures et qui se bastonnent à qui mieux-mieux, c'était pour lui d'autant qu'il a la carrure pour soutenir un tel projet rempli d'effets spéciaux et au budget conséquent. A la surprise générale et malgré les préjugés d'un tel concept (on peut se marrer en France, on en est encore à massacrer les vieux mythes comme Vidocq, Arséne Lupin ou Belphégor...), le film se tient. Les effets spéciaux sont incroyables, l'action est lisible et les personnages existent, surtout le héros, interprété par un Shia Leboeuf en pleine naissance d'acteur. Leurs interactions provoquent de vraies moments de comédie hilarants et Bay arrive au juste équilibre entre auto-dérision et respect de son film. Le succès est au rendez-vous, Bay signe pour une suite. Et on sait ce que ça veut dire...

 Adepte des durées extra-larges, Transformers 2 nous claque un petit 150 minutes tranquilles. Parce que Bay, on peut dire ce qu'on veut de lui mais c'est le mec qui veut donner à son public, toujours plus. Et c'est là que le bat blesse. Trop généreux, trop gourmand, trop trop, Bay part en vrille et son film avec, ce qui est d'autant plus rageant après la bonne surprise du premier. Ici, les personnages n'existent plus et semblent même régresser, faute à une direction d'acteurs sérieuse. On assiste alors à des numéros de comédie carrément dadaïstes et/ou vulgaires, Shia Leboeuf n'apporte rien à son personnage, Megan Fox est réduite à l'état de cul (soyons franc, tout est dit dès sa première apparition), le side-kick est horripilant, John Turturro est en overdrive constant et tout le monde hurle, vire à l'hystérie gratuite et se comporte de façon incohérente. Gros défaut de la machine Bay : une accumulation de dialogues qui, dans l'absolu, ne servent à rien et même pas à faire avancer l'histoire vu que toutes les "intrigues" du script sont résolus en moins de 10 minutes avec des ellipses temporelles vertigineuses.

 Les trous scénaristiques (ne me demandez même pas de vous résumer l'histoire, j'y ai capté quenouille) sont alors remplacés par de la baston. Et alors là, ça y va sec entre poursuites en bagnoles, bastons de robots et explosions dans tous les sens. Histoire de nous offrir un gros rab, Bay nous offre même 20 minutes de baston inutile (avec une topographie de l'action aux fraises) sur la fin tout en se permettant de torcher son climax en 2 minutes chrono ! Chapeau l'artiste !

 Le pire dans tout ça, c'est que tout est parti d'un bon sentiment mais le gâteau est trop gros. On a mal aux yeux, on saigne des oreilles, l'histoire devient imbitable et surtout, Bay recycle ses propres trucs de mise en scène. Déjà au bout du rouleau ? D'autant qu'outre ses tics techniques, l'apologie militaire du bonhomme commence à être embarrassante : exaltation du corps armée et de sa virile intégrité jamais prise à défaut sauf par des fonctionnaires incompétents (qui portent des lunettes). Craignos à la base, cela donne lieu à une séquence ahurissante où Turturro, avec son talkie-walkie, appelle le chef-commandant-général-bigboss d'un gros bateau militaire pour lui faire bombarder un point précis au nom du monde libre. Hé ben ça marche, comme quoi les militaires, quand il s'agit de sauver le monde, c'est pas des tafioles qui s'emmerdent avec des papiers ou de la psychologie de gauchiste.

 Bref, Transformers 2 parvient à faire plus vulgaire que Bad Boys 2 (aaahh, les couilles du robot de chantier...). Le triptyque sacré est respecté au-delà de la lettre et grave même sur pellicule la plus belle réussite du réalisateur : un plan où une voiture roule avec une grosse explosion pendant que Megan Fox court au ralenti, ses gros lolos rebondissants harmonieusement. Autant dire le plan de rêve pour Bay et probablement le seul prétexte pour lui de faire ce film (moi j'en vois pas d'autres...).

 Il reste à sauver des effets spéciaux extraordinaires, une belle séquence dans la forêt et deux-trois babioles que j'ai plus en tête. Pour le coup, le père Bay est passé à coté du film fun et décomplexé de l'opus précédent pour une suite trop lourde et indigeste. Vu qu'ils comptent en faire deux de plus, l'attente pour le troisième volet est à son comble...

 Bonne nuit...

Par Buster Casey
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Jeudi 2 juillet 2009


 Terminator Renaissance de McG

 Pour le cinéphile un tant soit peu averti, la saga Terminator peut aisément se placer en tant que morceau important de la culture cinématographique américaine. Le premier opus avait permis de dégager un jeune réalisateur nerveux et pétri de talent, James Cameron, qui, avec une poignée de dollars, avait réussi à asseoir le public en lui faisant croire que son film S-F/Action en valait le double. Exigeant, colérique et tyrannique sur le plateau, Cameron est un orfèvre qui vit le cinéma et cherche sans arrêt à repousser les limites de son art. Grosse taloche en 1984, Terminator rentre rapidement dans ses frais et lance, accessoirement, la carrière d'un jeune acteur bodybuildé au nom imprononçable, Arnold Schwarzenegger. Le film suivant de Cameron, Aliens, mettra encore plus en évidence aux yeux du monde le talent insolent du bonhomme. Là encore, avec un budget riquiqui mais une science diabolique du cadrage et du montage, Cameron fait des merveilles et livre un film de guerre halluciné, loin de l'ambiance claustro du premier film.

 En 1991, Cameron, échaudé par la douche froide critique et publique que lui a valu son chef-d'oeuvre Abyss, met en chantier la suite de Terminator. A l'époque, le film explose le budget et devient le film le plus cher de l'histoire du cinéma... pour 100 millions de dollars. Pour l'anecdote, son prochain film, Avatar, prévu pour cette année, en coûtera 300. Bref, les coudées franches pour faire son film, le réalisateur balance une torgnole cinématographique intense. Parce que quand Cameron injecte 100 millions de dollars dans un budget, cela se voit à l'écran. Inventant pratiquement des effets spéciaux inédits jusqu'alors, T2 détruit le box-office et s'impose comme un film d'action impressionnant, hautement réflexif et émouvant, une véritable pierre angulaire du genre qui garde toujours la barre très haut.

 Autant dire qu'aux commandes de Terminator 3, Jonathan Mostow n'était guère fier dans ses couches. Cameron ayant laché l'affaire pour d'autres projets, beaucoup voyait cette suite d'un très mauvais oeil. Mostow ne se prend pas la tête, sachant qu'il ne fera pas mieux que son prédécesseur et que les fans ne lui laisseront aucune chance. Il décomplexe alors le film en livrant un opus hautement bourrin à la finalité extrêmement pessimiste, là où T2 laissait planer un véritable espoir. L'accueil critique sera mitigé mais il faut reconnaître des qualités à cet épisode, notamment ses scènes d'action, quelques effets gores discrets mais présents et un humour à froid des plus réjouissants. D'autant qu'il fera assez de pognons pour donner des idées à des producteurs moins frileux sur les concepts artistiques.

 Ainsi, en 2009, Terminator Renaissance sort en salles. Et le monde tremble. Si l'absence de Schwarzy (depuis qu'il est devenu über governator) arrive à s'expliquer scénaristiquement (nous sommes en pleine guerre des machines, plus besoin d'androïdes déguisés en humains), elle laisse un goût amer dans la bouche des fans. Mais moins amer que le nom du réalisateur de ce quatrième épisode : McG ! Pour tous ceux qui découvrent le cinéma à la télévision, McG est l'improbable réalisateur qui a infligé au monde deux ... absolues : Charlie Et Ses Drôles (?) De Dames et sa suite. Pas que ces films soient des merdes fumantes (mais c'est pas bon, ok !) mais McG aux commandes d'une telle saga, ce serait comme donner Star Wars aux frères Farrelly. Comment ? C'est le cas ? Non, vous êtes méchants, là...

 Bref, c'est le noeud dans le bide et les mains moites que j'agrippe mon fauteuil au commencement de générique. Sachant en plus que le film s'est payé un classement PG-13 américain (cad expurgé de trop de violence, de sang, de gros mots et autres petits détails) là où ses prédécesseurs étaient classés R (cad avec de la violence, du sang, des gros mots et autres détails qui font la différence), je m'attends à un bouillon.

 Et puis non. Un petit miracle a lieu. Déjà par le ton du film. Une image charbonneuse, sale et désaturé. Zéro humour (ou à peine). Un héros pas si sympa. Une ambiance d'apocalypse bien rendue. Et une grosse bonne idée qui est censée être la surprise choc du deuxième tiers et que la bande-annonce fout en l'air en 20 secondes ! Et surtout un acteur qui vole la vedette à Christian Bale (John Connor quand même, merde !) : Sam Worthington qui trimballe une carrure respectueuse, une aura à la Bruce Willis et qui la joue à l'économie. Tout l'inverse d'une réalisation qui a la tête dans le guidon, obsédé par l'image qui pulse, le plan-séquence bien difficile et tordu (la scène de l'hélico) et la grosse action qui arrache.

 Au rayon défauts, on subit les clins d'oeil lourdingues aux fans de la saga en visant T2 à outrance, histoire de se donner une intégrité. Et là, tout y passe : "Je reviendrai", une scène dans une usine de construction de robots calquée sur T2, une apparition en synthèse de la trogne de Schwarzenegger, j'en passe et des meilleures. Sans parler de l'habituelle idée de tuer un membre de la famille Connor (aujourd'hui, le père) pour changer l'histoire, ce qui, à force, risque d'entraîner un sérieux méli-mélo au niveau scénario. Jouer sur les paradoxes du temps, c'est bien mais à tirer à la ligne, ça peut gâcher. Et gros défaut (majeur selon moi), la totale perplexité face au traitement du personnage de Sam Worthington. Présenté comme un humain condamné à mort en 2003, il réapparaît mystérieusement en 2018. Pourquoi ? Comment ? Le film entretient savamment son intrigue jusqu'au rebondissement (demi)surprise. En fait, c'est un robot mais il ne le sait pas lui-même. Wouââ !!! Et c'est tout, le reste de l'histoire se déroulant dans un enfer de flammes et de métal, le conflit interne homme/machine fait serrer quelques dents, fait ressurgir une humanité disparue (hommes, machines, même combat) mais le thème est effleuré. Frustrant quand on sait que Jonathan Nolan a écrit le scénario et que l'homme s'était brillamment illustré avec son frère sur The Dark Knight pour offrir une réflexion puissante sur le Bien et le Mal. Là, le film se plante sur un final foiré complet concernant ce personnage dont on ne saura toujours rien, ni quoi ni comment.

 Bilan mitigé donc. Le métrage n'est pas la purge prévue mais ses bonnes idées ne sont pas exploités et tournant carrement à l'eau de boudin dans le final. Vu ses bons résultats, inutile de dire qu'un 5 est prévu. Attention au scénar, les gars, y'a de la sortie de route dans l'air...

Par Buster Casey
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