Transformers 2 de Michael "Boompatatra" Bay
Parmi les grands auteurs du cinéma américain actuel, il serait inconvenant d'oublier de ne pas citer Michael Bay. Ancien clippeur acharné, le bonhomme fait ses premières armes avec le
délicat et poétique Bad Boys. Frais comme une brise de printemps, traitant de sujets de fond avec pertinence comme le recours à la violence et à la place des femmes dans un monde
d'hommes, ce premier film éclaire le monde entier sur l'univers de son auteur : bagnoles, nichons, explosions. Un triptyque dont il ne se détournera guère tout au long de ses films suivants.
Pourtant, Rock, son deuxième film, fait figure d'exception. Même si le bonhomme use et abuse des bagnoles et des explosions, c'est au service d'un scénario plus malin qu'il n'en a
l'air. Aidé aussi par un casting de poids, le film décroche la timbale en se positionnant comme un des meilleurs films d'action des années 90 et probablement le meilleur film de Bay.
Parce qu'après, c'est une autre histoire. La mégalomanie du bonhomme, augmentant en même temps que ses budgets et la taille de ses films, nous a permis de voir débouler sur nos écrans
des pelloches assez hallucinantes. Grisé par le succès de Rock, Bay réalise alors son film catastrophe-fin du monde, Armageddon. Et là, il déjante carrément. Envoyant
aux fraises un scénario con comme une valise sans poignées, il filme l'invraisemblable au bazooka. Amusant au début mais carrément gonflant sur la fin (avec un climax bourricot), Bay se fait
néanmoins des burnes en or. Cependant, l'accueil critique plutôt froid le met au doute. Il décide alors de s'acheter une respectabilité en réalisant un film sérieux, une fresque épique et
romanesque, spectaculaire et émouvante. Ce sera Pearl Harbor.
Si vous avez vu ce film, je ne vous choquerai pas en vous disant que c'est un film sexiste. En effet, les filles pleurent pour l'histoire d'amour (d'une bêtise affolante) tandis que les
garçons attendent impatiemment le passage où tout pète. Et pour le coup, on est servi. En voulant rentrer dans le rang, le réalisateur fait son premier faux pas et pond un véritable nanar, encore
plus débile qu'Armageddon (qui lui avait pour excuse de partir d'un canevas imaginaire). Le triangle amoureux est nunuche à n'en plus finir, le patriotisme exacerbé et grotesque, la
vision des japonais je n'en parle même pas et les personnages principaux sont des caricatures dont nous souhaitons la mort sous un déluge de bombes. Porté par des acteurs insipides, une
partition qui ne rate pas une occasion de tirer dans le flon-flon et une prédilection pour la pose plutôt qu'au viscéral, le film ne se rattrape même pas sur le plan technique sauf pour
l'impressionnante attaque de Pearl Harbor où Bay redevient lui-même. Malgré les démentis du producteur, le film ne sera pas le raz-de-marée tant espéré en dépit de ses bons scores. La presse, de
son coté, éreinte le réalisateur et le film. Qu'à cela ne tienne, Bay se vengera avec Bad Boys 2. Encore plus macho, encore plus vulgaire et carrément plus con que con, ce deuxième
volet renvoie le premier épisode, pourtant pas fin-fin, à une oeuvre de Maurice Pialat. S'autorisant tous les excès les plus inutiles, les blagues racistes, sexistes et nécrophiles, l'action sans
fondement et une durée délirante pour ce type de film (2 h 30 !!), Bad Boys 2 se savoure avec le cerveau dans l'aquarium. Aucune chance de trouver une idée dans le scénario (y'en a pas),
tout est misé sur les hormones mâles et le triptyque sacré. Passé cette rage adolescente, Bay ira trouver refuge chez Spielberg pour qui il tournera un film d'anticipation sympa, The
Island. Pendant 45 minutes, c'est la surprise : rien n'explose, personne ne passe à travers les murs et pas un seul nibard à l'horizon. On sent que le réal se retient autant qu'il peut... et
finit par se dire que 45 minutes, c'était suffisant pour installer la psychologie de ses personnages. Les vieux démons démons reviennent alors et boumbadaboum, tout péte (encore) à l'écran. Cet
aspect "too much" ruine l'incroyable potentiel d'une histoire aux résonances profondes et questionnant notre humanité. Il en reste, au travers des flammes, quelques bribes qui attendront
un autre film avant d'être exploitées.
Bref, vu le C.V. du gars, quand des producteurs à court d'idées (mais pas d'argent) décident de mettre sur pieds une adaptation ciné des jouets Hasbro Transformers, Michael Bay est
l'homme de la situation. Des gros robots qui se transforment en voitures et qui se bastonnent à qui mieux-mieux, c'était pour lui d'autant qu'il a la carrure pour soutenir un tel projet
rempli d'effets spéciaux et au budget conséquent. A la surprise générale et malgré les préjugés d'un tel concept (on peut se marrer en France, on en est encore à massacrer les vieux mythes
comme Vidocq, Arséne Lupin ou Belphégor...), le film se tient. Les effets spéciaux sont incroyables, l'action est lisible et les personnages existent, surtout le héros,
interprété par un Shia Leboeuf en pleine naissance d'acteur. Leurs interactions provoquent de vraies moments de comédie hilarants et Bay arrive au juste équilibre entre auto-dérision et respect
de son film. Le succès est au rendez-vous, Bay signe pour une suite. Et on sait ce que ça veut dire...
Adepte des durées extra-larges, Transformers 2 nous claque un petit 150 minutes tranquilles. Parce que Bay, on peut dire ce qu'on veut de lui mais c'est le mec qui veut donner à
son public, toujours plus. Et c'est là que le bat blesse. Trop généreux, trop gourmand, trop trop, Bay part en vrille et son film avec, ce qui est d'autant plus rageant après la bonne surprise du
premier. Ici, les personnages n'existent plus et semblent même régresser, faute à une direction d'acteurs sérieuse. On assiste alors à des numéros de comédie carrément dadaïstes et/ou vulgaires,
Shia Leboeuf n'apporte rien à son personnage, Megan Fox est réduite à l'état de cul (soyons franc, tout est dit dès sa première apparition), le side-kick est horripilant, John Turturro est en
overdrive constant et tout le monde hurle, vire à l'hystérie gratuite et se comporte de façon incohérente. Gros défaut de la machine Bay : une accumulation de dialogues qui, dans l'absolu, ne
servent à rien et même pas à faire avancer l'histoire vu que toutes les "intrigues" du script sont résolus en moins de 10 minutes avec des ellipses temporelles vertigineuses.
Les trous scénaristiques (ne me demandez même pas de vous résumer l'histoire, j'y ai capté quenouille) sont alors remplacés par de la baston. Et alors là, ça y va sec entre poursuites en
bagnoles, bastons de robots et explosions dans tous les sens. Histoire de nous offrir un gros rab, Bay nous offre même 20 minutes de baston inutile (avec une topographie de l'action aux
fraises) sur la fin tout en se permettant de torcher son climax en 2 minutes chrono ! Chapeau l'artiste !
Le pire dans tout ça, c'est que tout est parti d'un bon sentiment mais le gâteau est trop gros. On a mal aux yeux, on saigne des oreilles, l'histoire devient imbitable et surtout, Bay
recycle ses propres trucs de mise en scène. Déjà au bout du rouleau ? D'autant qu'outre ses tics techniques, l'apologie militaire du bonhomme commence à être embarrassante : exaltation du
corps armée et de sa virile intégrité jamais prise à défaut sauf par des fonctionnaires incompétents (qui portent des lunettes). Craignos à la base, cela donne lieu à une séquence
ahurissante où Turturro, avec son talkie-walkie, appelle le chef-commandant-général-bigboss d'un gros bateau militaire pour lui faire bombarder un point précis au nom du monde libre. Hé ben ça
marche, comme quoi les militaires, quand il s'agit de sauver le monde, c'est pas des tafioles qui s'emmerdent avec des papiers ou de la psychologie de gauchiste.
Bref, Transformers 2 parvient à faire plus vulgaire que Bad Boys 2 (aaahh, les couilles du robot de chantier...). Le triptyque sacré est respecté au-delà de la lettre et
grave même sur pellicule la plus belle réussite du réalisateur : un plan où une voiture roule avec une grosse explosion pendant que Megan Fox court au ralenti, ses gros lolos rebondissants
harmonieusement. Autant dire le plan de rêve pour Bay et probablement le seul prétexte pour lui de faire ce film (moi j'en vois pas d'autres...).
Il reste à sauver des effets spéciaux extraordinaires, une belle séquence dans la forêt et deux-trois babioles que j'ai plus en tête. Pour le coup, le père Bay est passé à coté du film fun
et décomplexé de l'opus précédent pour une suite trop lourde et indigeste. Vu qu'ils comptent en faire deux de plus, l'attente pour le troisième volet est à son comble...
Bonne nuit...
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