A l'heure où on nous gonfle avec des artistes à deux balles découverts grâce (ou à cause) d'internet (Sliimy, Lorie, PQZ et j'en oublie sciemment), il serait peut-être temps de vous ouvrir
les oreilles et de faire en sorte que la radio et la télévision ne deviennent pas uniquement vos robinets à culture tiède. C'est pourquoi, grâce à (et non pas à cause de) ce blog souffreteux
et de son maître à penser qui ne l'est pas moins, je me consacre à essayer de vous ouvrir les sens à l'inédit. Puisque le web devient le nouveau réseau pour découvrir des artistes, ce serait
nouille de ne pas suivre le courant, même si je sais pertinemment que ces précieux musiciens n'ont aucune chance de finir dans vos oreilles. Pas grave, j'avais besoin d'un sujet de post de toutes
façons...
Donc, là, je vais vous parler de Steve Von Till. Qui ? Lui, sur la photo.
Oui, vu comme ça, on imagine bien le gars assagi qui vient de se faire une crise de narcolepsie sur sa guitare alors qu'il reprenait du Johnny Cash. Et vu sa barbe, il a l'air d'en écraser
depuis un moment, le bougre. Bon, passé cet instant de déconne, redevenons sérieux. Ce brave gars concentré sur ses notes fait surtout parti d'un groupe culte. Pas "culte" dans le sens connu de
trois aficionados et auteur d'un album maudit. Non, là on parle de "cuuulte", le genre de groupe sorti de nulle part et qui a fait trembler les fondations du metal par une attaque sonore sans
précédent. Ce groupe, c'est Neurosis. Et pour l'attaque sonore, c'est à portée de clic :
L'air de rien, Neurosis, à force de travail et de tournées, a su se créer un style propre, fait d'apocalypse, de mysticisme et d'émotions décharnées. Sous ce torrent de violence couve une
musique à fleur de peau, parfaite construction sonore progressive et tragique. C'est perturbé, cru et à vif. On y entre à reculons et on en ressort pas forcement entier. Toujours est-il que
Neurosis a influencé et influence encore nombre de groupes tragi-musical (Cult Of Luna, Isis, Mouth Of The Architect, Minsk...). Ses membres, extrêmement discrets, sont respectés par tous pour
leur intégrité musicale. Scott Kelly, l'autre chanteur du groupe, a d'ailleurs poussé les cordes vocales sur les derniers efforts de Mastodon. Bref, même s'il ne vend pas des tonnes de disques de
platine, Neurosis est un groupe majeur.
Ce qui nous emmène à 2009 et à la sortie du troisième album solo de Steve Von Till, A Grave Is A Grim Horse. Un album à l'exact opposé de son projet prioritaire. Là où la furie
règne chez Neurosis, Steve Von Till développe une ambiance majoritairement acoustique, limite folk. Peu d'effets, une guitare sèche, un violon, une batterie de temps en temps, un peu
d'électrique mais pas trop, l'homme baigne dans une économie de moyens appréciable, d'autant que si la musique est plus calme, le propos ne bouge pas. Les atmosphères distillent une étendue de
douleurs et de tristesse à peine croyable. Sombre est encore trop réducteur pour décrire justement l'émotion qui vous étreint à l'écoute de ces titres. Une émotion qui perce par LA voix de son
chanteur : grave, profonde, éraillée... Une sorte de mix entre Leonard Cohen et Johnny Cash en attente de leur dernière cigarette. N'allez pas croire que cet album est suicidaire, il est
simplement bouleversant. Évidemment, il est ardu d'apprécier pleinement ce son si vous faites la vaisselle ou si vous conduisez la vitre ouverte. Mais au casque et/ou dans une ambiance
claire-obscure, c'est le carton plein. Von Till se met à nu et nous invite à une merveilleuse mélancolie. Alors ne soyez pas grossier, ça vous changera de ces merdes jetables que vous écoutez à
longueur de temps...
Bonne nuit...

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