J'ai rencontré Cellequej'aimais à mon boulot. A la base, elle remplaçait une collègue qui était en arrêt maladie et qui devait subir une opération. Honnêtement, lors de notre première
rencontre, elle ne me fit aucun effet particulier. Tout le monde était aux aguets de la petite nouvelle, quelques anciens notamment (partis depuis). Il faut dire qu'elle possédait un physique
agréable malgré un visage marqué qui lui donnait plus que son âge. Mon ex-binôme et moi lui donnions d'ailleurs une ancienneté qui nous fut rapidement démentie par la suite. En effet, elle
s'avérait plus jeune que moi (mais de peu).
Toujours est-il que, ce soir-là, hormis le fait de me donner 19 ans (!!!!), Cellequej'aimais, elle me l'avoua plus d'un an plus tard, avait ressenti une vive émotion à mon encontre. Pas un
coup de foudre mais un gros machin bien bath, le truc qui donne chaud et qui fait perdre la raison un court instant. Et moi, de mon coté, rien. Et puis elle avait un mec, un gars, un copain, un
connard resplendissant. Un boulet qu'elle traînait depuis des mois et des mois. Ce fut une raison suffisante pour ne pas m'emballer les neurones plus que ça. Je sortais d'une année assez cuisante
sentimentalement et je tenais surtout à faire une croix sur beaucoup de choses. Prendre des vacances et laisser le temps filer. A cette époque, je parvenais à me supporter, à gérer mon mal...
Perdu !
Notre relation, notre "histoire", notre gâchis aura duré deux ans. Deux ans durant lesquelles nous avons passé notre temps à nous engueuler, nous séparer et revenir dans les bras l'un de
l'autre. Deux ans où ce que j'étais ou pensais être a pris du plomb dans l'aile avant de crever la gueule ouverte. Deux ans qui m'ont révélé à moi-même.
L'orgueil, d'abord. Pendant quelques semaines, j'ai fait marcher mon ego à bon compte. Car, outre Cellequej'aimais, une autre CDD me courait après. Deux filles ! Deux filles pour Buster
Casey, en même temps !! Enfin... Qui lui couraient après en même temps (bande de petits chenapans). Et là, pour l'indécrottable frustré du coeur que je suis... j'ai profité de la situation. Quel
pied de savoir que la sauce montait toute seule et que je pouvais être au centre de sentiments exacerbés. J'ai un peu joué avec ça, soyons francs. Attiser les jalousies. Provoquer. Flatter
mon petit nombril. Comme si j'arrivais enfin à faire payer mes histoires ratées, à me venger d'avoir été le dindon de la farce de mon Premier Amour.
Oui, c'est nul. Non, ce n'est pas glorieux. Surtout si je sentais la souffrance de Cellequej'aimais, parce que sa jalousie me faisait exister, enfin...
La peur, ensuite. La CDD et moi avons fini en bons termes. Mon coeur battait la mesure pour Cellequej'aimais. Mais, la réflexion onaniste étant un mode de vie ralenti, je me devais de me
torturer encore un peu le ciboulot. Et puis, l'avancée des choses, par petites touches, calmement, satisfaisait quelques vieilles lubies romantiques. On ne se refait pas... Mais la peur est là,
tapie dans l'ombre de mon crâne. Et elle profite d'une rencontre fortuite lors d'une évènement important pour faire chavirer le navire et mes belles convictions. Et d'une résolution de départ,
j'en arrive à un retournement de situation total à l'arrivée. Le coup de foudre ? J'ignore, peut-être. Le contexte, la ferveur du moment, je n'en sais rien. Bref, je me monte un film et
Cellequej'aimais se prend un mur. Et quand elle laisse éclater son désarroi (et ses premières insultes), quand je me rends compte de ses sentiments, je choisis la solution la plus simple : je
m'enfuis. Je n'ai pas changé de pays, j'ai juste esquivé. Je n'ai rien dit, j'ai laissé pourrir. Dans ma tête, elle m'attendait de toutes façons, alors un peu plus un peu moins... Cela n'aurait
guère apporté de différences. Et puis, si ça marchait avec l'autre, je ne perdais pas mon temps. L'absence de blanc entre deux non-relations : le pied !
Résultat punition : le "coup de foudre" ne s'est plus jamais manifesté et Cellequej'aimais a tourné les talons. On perd rapidement tout quand on est pas doué. Et j'ai géré ça.
Cellequej'aimais m' a mis un peu le nez dedans quand elle a pu mais c'était une vengeance en soi bien méritée. Le temps a passé, notre relation s'est mis au point mort, passée sous le
couvert d'un flirt insistant. Puis, par une coïncidence ironique (comme toujours), un vieux démon assoupi revient me titiller les neurones au moment où Cellequej'aimais franchissait, encore, une
étape dans notre relation. J'ai eu la bonne idée de déconner mais cela partait d'une idée que je jugeais bonne : me débarrasser du démon avant de me lancer vers elle. Je ne me sentais pas prêt,
j'ai tergiversé. La peur, toujours tapie.
Et mon attentisme. Mon indécision. Mon profit. Profiter d'elle tout en la jugeant. Maintenir une illusion tout en sachant que c'était faux. Nous l'avons vécu tous les deux d'une certaine
manière. Mais elle s'est accrochée tant qu'elle a pu, jusqu'aux larmes, me mettant face à moi-même. Je l'aimais.
Mon démon est parti. J'ai alors commencé à développer une relation "sérieuse". En gros, c'est elle qui décidait pendant que j'attendais. Mais j'étais là, avec elle. Nous nous sommes pourris
encore une fois. Et c'est elle qui fit (encore) le premier pas, de la manière la plus originale qui soit. Et là, j'étais amoureux. Elle était imprévisible, lunatique,
jalouse, difficile, sans aucun sens de l'humour... mais elle était aussi d'une douceur infinie et d'une gentillesse peu commune. Une curiosité intéressée mais réelle. Même si je n'étais
(jamais) d'accord avec ses jugements, ils avaient le mérite d'exister suite à une vraie démarche. Et son charme me rendait dingue. En plus, elle dessinait.
En me prenant par la main, Cellequej'aimais m'a sorti des nuages. Aussi bien durant les périodes troublées que les moments calmes ou intimes, je me suis senti vivre. Je ne peux pas
l'expliquer et je n'ai pas à le faire, vous connaissez ça mieux que moi. Mais je pourrai presque avancer le terme d'heureux. Mon boulot était correct, mon binôme extra, je dormais bien et je
pensais à elle. Le coté "secret" de notre relation assouvissait mon instinct fleur bleu. Non, j'étais heureux. Pas béat mais rassuré. Ses baisers, ses sourires, nos sorties... Je "vivais" avec
une fille qui ne ressemblait pas à mes projections mais j'apprenais à aimer quelqu'un avec ses défauts et loin de mes schémas établis. Pour une fois, je me projetais déjà dans un avenir réel.
Et puis non ! Est-ce que je ne voulais pas voir les signes ? Étais-je si désintéressé que ça ? Je n'ai peut-être pas été assez jaloux et elle un peu trop. L'ironie de la chose est frappante
: au moment où je naissais, elle s'éloignait. Alors que je faisais de mon mieux pour être présent, elle quittait le navire en catimini. Mon instinct me prévenait de quelque chose mais je ne
voulais pas l'écouter... jusqu'au jour où je n'ai pas eu le choix.
Vous connaissez ce moment ? Ce moment où vous basculez, vous plongez dans des eaux si profondes qu'aucune lumière ne parviendra jamais à filtrer ? Cet instant où, en un claquement de
doigts, vous percutez un ensemble d'informations passées, présentes, futures, leurs corrélations, leurs poids, leurs conséquences... et tout ça en une seconde ? Ce triste moment où vous devenez
un être que vous ne connaissiez pas et qui vous fait peur ? Voilà ma bascule, celle où je suis devenu un étranger à moi-même, un étranger rempli d'une haine effroyable. Vous savez, cette période
où l'amour se transforme en cauchemar hideux, comme une lèpre derrière un superbe masque vénitien.
Cellequej'aimais m'a pris par la main pour me sortir des nuages et me plonger dans un océan de merde. Avec un acharnement minutieux et une innocence de gamine, elle a brisé tranquillement
tout ce qui pouvait me relier à elle, à notre histoire et à notre passé. Je l'ai écrit plus haut, elle pouvait être particulièrement revancharde, blessante et lunatique mais, au bout du bout,
elle se calmait. Comportement que je blâmais à demi-mots (corsés) vu que je pouvais être autant si ce n'est pire. Mais là, c'était comme assister à une transformation de film d'horreur ou quand
le héros apprend que sa petite amie est une serial-killeuse sanguinaire et qu'il va y passer aussi. En gros, quand vous tombez de votre perchoir pour ne plus reconnaître celle qui, une semaine
auparavant, était votre amour. Juste un être humain rempli d'égoïsme, occupé par son énorme nombril et qui s'est acharné à tout casser autour d'elle, bornée et stupide jusqu'à la nausée.
Ne croyez pas que j'exagère ou que je dramatise (...) ! Ma rage de l'époque était bien plus écrasante qu'aujourd'hui et je ne vous raconterai pas tous les détails qui y ont conduits. On
n'est pas dans une émission de Delarue, non plus. Mais elle a cristallisé mes terreurs. Tout ce que je pouvais craindre, tout ce je gardais caché dans mon placard secret, toutes mes angoisses...
Tout a été sorti et étalé au grand jour, sans finesse, sans pudeur et surtout sans explications. Rien d'autre qu'un énorme "Moi Je...". Et le monstre était là, sommeillant. Et il s'est gavé le
cochon !
Vous voulez savoir comment ça s'est fini ? Nul, ça vous étonne ? Je me suis ruiné les nerfs pendants quelques semaines. Suffisamment longtemps pour me dégoûter de cette situation qui
n'allait nulle part, me déconnecter d'une personne qui avait choisi son camp. J'ai fait ce que j'ai pu, j'étais même prêt à oublier ce qui s'était passé. Mais non : Cellequej'aimais avait une vie
à vivre, une vie passionnante faite de connard en barre (toujours), de frustrations larvées et de tour d'ivoire d'artiste. J'ai abandonné, définitivement. J'ai tourné les talons et je me suis
fermé, sous-vide et dans le noir. Elle a fini par partir suite à un plan social, dans des adieux digne d'elle. Je n'ai jamais recherché le contact par la suite. Quant à moi, j'ai doucement
commencé à glisser, à développer une maladie sans nom au fond de moi. La démotivation, l'abandon progressif de tâches habituelles, la fatigue chronique... Jusqu'au jour où j'ai rallumé la lumière
et là, j'ai sombré pour de bon. Ironique, non ?
Conclusion ? Une histoire triste et banale (j'ai pas menti sur le titre). Rien de neuf sous le soleil en soi. Rien que du banal. Un garçon, une fille, il s'aiment, ils se quittent. Bon,
j'ai expurgé les détails les plus sanglants mais, au fond... c'est tout ce qu'on retient. Deux personnes trop stupides pour parvenir à se créer un vrai cocon de quiétude, trop égoïstes pour se
mettre de coté pour l'autre, trop occupés d'eux-même. Je ne dis pas que mon cas est isolé et unique. Des gens subissent des épreuves bien plus dures pour le moral et pour l'estime de soi. Cette
histoire est triste et banale. Ce qui, pour moi, la rend unique et déprimante est qu'elle aurait pu donner lieu à quelque chose. Peut-être... ou peut-être pas, je n'en sais rien. Au final, ça
aurait très bien pu marcher... ou pas (comme dirait Héphaïstos). Peut-être que je serai encore heureux, peut-être que je n'aurai pas peur de la lumière, peut-être que j'affronterai mieux mes
démons. Peut-être...Ce qui me vrille, c'est d'avoir raté ça et de l'avoir perdu. Égoïstement, j'étais heureux. Quand je la tenais dans mes bras, quand elle dormait près de moi, quand elle
réagissait au moindre bruit la première fois qu'elle a dormi chez moi... Ce sont les images que je souhaite garder, des moments que j'aimerai regarder avec tendresse tant je me sentais verni
d'être avec une fille qui ne s'arrêtait pas à mon physique, à mes erreurs et à ce que je suis. Je pourrai me dire que ce bol a toutes les chances de recommencer. Après tout, regardons le verre à
moitié plein.
Mais si vous pensez ça, vous lisez le mauvais blog.
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