L'Art est un immense objet soumis à la critique. Peinture, sculpture, film, livre ou musique, la dimension culturelle subit l'appréciation des gens à qui elle s'expose. Rassurez-vous, je ne
vais pas entrer dans une longue divagation philosophique mais toute création (à moins de créer en autiste et de tout détruire une fois fait) s'expose au jugement d'autrui. Je ne vais pas non plus
me lancer dans les échelles de critique existantes, de la critique professionnelle au plus amateur (vive internet !), toutes se retrouvent sur au moins un point : elles sont subjectives ! Quoi
qu'en disent les spécialistes, une critique est une critique et, si l'on enlève le vernis de culture générale propre à tout critique... ben, ça change rien, en fait ! Parce qu'il y aura toujours
des gens (payés pour) qui viendront expliquer, télécommande à la main pour une analyse de plans poussée, qu'Almodovar est un immense cinéaste, je continuerai à trouver (pas payé pour) que
ses films sont royalement chiants. De même qu'il est désormais de bon ton de dessouder Jean-Pierre Jeunet alors qu'il est un des cinéastes français les plus talentueux à l'heure actuelle.
Bref, un critique ne reste après tout qu'un simple bonhomme qui va dire "j'aime" ou "j'aime pas" devant une oeuvre. Là où le bat blesse, c'est quand il s'agit de confronter un critique face
à un genre qui le dépasse. En gros, un quidam face à quelque chose qu'il ne connaît pas et dont il n'a pas les clés. Je vais prendre comme exemple le metal (oui, il faut bien que mon article
arrive à son sujet sinon on est encore là demain). Pour la majorité des gens, le metal est une musique à l'égal de ses clichés : bruyante, bruitiste, sans mélodies, sans talents, vulgaire,
sataniste, décérébrée, dangereuse, marginale et j'en passe ("Tout le monde peut faire du bruit mais des vraies chansons, c'est plus compliqué" reste une de mes préférées). Si l'on
résume, tout le monde déteste le metal sans jamais en avoir entendu une note ou alors quelques secondes à la sauvette dans une émission d'investigation objective décrivant le genre comme
criminogéne (oui, c'était un reportage de M6). Ici, la critique joue avec son plus grand ennemi : le préjugé, qui conduit à la facilité et la paresse. Bref, comment pousser les gens à aimer un
style qui n'a aucun reflet médiatique (à la différence du rap qui, quoi qu'il dise, inonde nos canaux) et dont ceux qui en parlent n'y comprennent rien (Le Grand Journal de Canal + comme
exemple...). Ainsi, cette musique demande deux fois plus d'investissement personnel pour pénétrer dans son univers. Et une fois dedans, comment faire pour que le quidam ne s'enfuit pas en courant
devant des groupes qu'il n'imaginait pas ? Vous lisez ce blog, je suis là pour ça !
Si pour vous, le metal, c'est Metallica à Nîmes ou AC/DC au Stade de France, vous risquez de perdre vos cheveux avec ce qui va suivre. Ici, on va parler d'excroissance métallique, de petits
rejetons qui ont poussé les murs pour emmener le genre loin ailleurs. On ne va pas parler de death ou de black mais de metal... autre. Il est bien évident que ce petit article n'a aucune volonté
exhaustive, merci d'avance.
Si quelqu'un vient un jour vous parler de musique barrée, susurrez-lui à l'oreille les doux
noms de Dilinger Escape Plan ou de Mr Bungle. Si votre interlocuteur ne change pas de couleur, abandonnez la conversation. Ces deux groupes bien tapés du carafon ont fait exploser les limites de
notre musique chérie en les draguant à des kilomètres d'un genre définissable.
Dans le cas de Mr Bungle, nous parlons de mélange contre-nature fait de metal et de...
tout ce qui passe sous la main (et par la tête). Techno, grindcore, pop, jazz, indus, bruits bizarres... On passe d'un style à l'autre sans prévenir et sans schéma classique de chansons. En gros,
ça part dans tous les sens. A noter que le groupe livrera avec leur troisième album, California, un condensé de musique Beach Boys et soul. Quant à Dilinger Escape Plan, on
passe à de sérieux gagas, dont le hardcore destructuré a été baigné dans le grand bain du jazz. Pas de panique, aucun saxo ou xylophone à l'horizon mais un grave sentiment de Grand Huit musical.
Apparu avec leur premier album Calculating Infinity en 1999, DEP a parrainé un nouveau genre : le mathcore. Cela peut se résumer à une musique sauvage et fortement fracassée par une
alternance brutale de plans hystériques et de passages plus softs. Là encore, la structure pop couplets/refrains est envoyée par dessus bord pour une potion musicale intense. La bande
administrera une claque monumentale avec le EP Irony Is A Dead Scene et l'allumé Mike Patton au micro. La reconnaissance viendra avec Miss Machine, puis Ire
Works. Certaines mauvaises langues accuseront le groupe de compromis avec ces deux albums, sous prétexte de chansons plus "posées". Ce qui prouve bien que les mauvaises langues n'écoutent
pas les albums qu'ils critiquent. Car si DEP a calmé son jeu, ses albums ne sont pas non plus prêts à passer sur la play-list de NRJ. Exemple ci-joint :
Bon, là, c'est la version franche du collier, je vous l'accorde. Ceci dit, n'imaginez pas que ces gus font les marioles juste pour la vidéo. Sur scène, c'est exactement la même furie.
Toujours est-il que, succès aidant, pas mal d'autres groupes ont pu accéder à la lumière de la gloire (restons mesuré sur ce terme...) en proposant une musique complètement barrée. Certains le
faisaient avant, d'autres s'y sont lancés, prolongeant un nouveau genre musical. Citons pour la reconnaissance Shoemaker Levy 9, Banana Melt, She Said Destroy, The Charlot, General Lee, Genghis
Tron (avec un plus electro), etc... sans oublier les maîtres du genre polyrythmique, les gros fadas de Meshuggah. Forcement, la ligne entre talent et gros bordel est mince et demande un
gros investissement nerveux de la part de l'auditeur. Cette musique n'est pas facile, ni abordable mais elle cache de petites pépites que seul le temps permet d'apprécier. Et puisqu'on parle
de système nerveux, plongeons plus profondément dans la démence musicale. Ayez confiance, c'est sans risque...
Composé un 31 décembre monstrueusement arrosé, Rampton (du nom d'un asile psychiatrique anglais) est le fils bâtard d'une bande de musicos aux C.V. longs comme le bras du
Great Khali. Des gens venant d'univers comme Cathedral, Iron Monkey ou Sunno))), qui se sont donc retrouvés un soir de fin d'année pas particulièrement porté sur le jus de grenadine. De ces
effluves est sorti un album unique, dans tous les sens du terme. 3 morceaux, 54 minutes de musique. Un booklet illisible, des dessins crayonnés morbides. Et musicalement, un doom cosmique qui
annihile toute perception de rythme. Totalement extrême dans son approche, Teeth Of Lions Rule The Divine (c'est le nom du groupe) a le son le plus perrave qui soit, en concurrence directe avec
Darkthrone mais, à un certain volume, c'est du goudron qui sortira de vos enceintes. Baignant dans un écho digne d'une crypte humide, TOLRTD fera reculer les plus téméraires de son doom
inhumain, nihiliste, écrasant et terminal. N'essayez pas, vous n'aurez pas les nerfs. Plus "true", tu deviens fou...
Pour la petite histoire, Sunno))) est une marque d'ampli pour guitare. Quel autre nom pouvait se donner un groupe, composé de deux têtes pensantes, obsédé par le drone, sorte de bruit blanc
sortant des amplis après bidouillages ? Aucun, vous avez raison ! Vous qui entrez en ces terres soniques, abandonnez toutes idées préconçues en terme de musique pour la bonne et simple raison que
vous n'avez JAMAIS entendu ça. Pas de guitares ultra-rapides, pas de soli à foison, pas de hurlements ou chanteur hystérique. Non, juste un travail dément sur le son. Pas de chansons, de mélodies
mais juste du son. Une pure musique d'ambiance développée par Stephen O'Malley et Greg Anderson, deux types assez bien dans leurs pompes apparemment...
Non ? Le fait est que ces deux braves garçons bidouillent leur son d'apocalypse depuis un moment. Sur Monoliths & Dimensions, les chiffres sont affolants : certains morceaux
requièrent trois basses et quatre guitares et une multitude de cuivres, cordes et instruments à vent assez coquets. Tout ça pour quoi ? Pour un aller simple au pays des morts avec Sunno))) comme
orchestre musical, le genre Titanic. Indéfinissable avec des mots, Sunno))) joue une musique effrayante. Les morceaux sont longs, soutenus par des graves d'une profondeur abyssale. Avec un volume
adéquat et dans le noir total, c'est l'angoisse assurée. Et quand Attila Csihar intervient pour parler d'une voix agonisante à l'oreille des défunts, vous savez que la fin du monde est proche.
Voyage sonore absolument sans retour, Monoliths & Dimensions se clôt avec le titre Alice, sorte de lumière au bout du tunnel. Oubliez Björk et ses expérimentations
pouet-pouet, Sunno))) est le seul groupe à briser psychologiquement son auditeur. Bruitiste ignoble pour les uns, génie avant-gardiste pour d'autres, le débat est ouvert...
Le guitariste de Dilinger Escape Plan ne retenant plus sa joie de savoir que je parle de lui sur mon blog
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