La vie et tout ça...
Hier soir, j'ai bu un verre avec l'ancien collègue de boulot. Il était "content", il partait le soir même pour 14 heures de train. Il part à Angoulême suite à
sa réussite à un concours dont j'ai zappé le nom. Il va bosser dans une école pour faire du "son" dans des jeux vidéo. Hier soir, je lui ai donc, avec mon binôme et 3 autres personnes, dit au
revoir à bientôt autour d'un verre et d'une discussion qui n'a pas dépassé le slip. Oui, d'un point de vue linguistique, c'était assez coloré mais bon...
Bref, sur le départ, alors que nous marchions sur les quelques mètres qui précédaient un fatidique dernier "au revoir", mon binôme de boulot qui n'en rate pas une pour ramener sa fraise
balance au futur partant un "alors, ça t'emmerde pas trop de partir ?" de circonstance. Mon ACB a alors répondu un "Pfff houlala !" adéquat. Et de cette fulgurance, je me suis rendu
compte d'un truc : je ne verrai plus ce grand nigaud pendant des mois !
Jusqu'à présent, mon ACB était une sorte de rituel bien en place : une fois par semaine avec mon binôme de travail, c'était buvage de verre avec discussion acharnée sur des sujets
totalement inutiles, et ce depuis 2 ou 3 ans. On rigolait franc, on se prenait un peu la tête. Nos avis étaient tranchés dans le vif mais malgré tout, cela restait toujours intéressant. Si l'on
excepte une période WoW qui a gravement fait péricliter nos thèmes de discussions, notre cher ACB ayant vécu le trip à fond, chaque rendez-vous rafraîchissait des neurones fatigués.
Et puis là, je me rends compte que je ne verrai plus ce grand nigaud ! Pendant un moment, je me mets à sa place et je remarque avec plus d'acuité plein de petits détails, de choses devant
lesquelles je passais sans y faire attention. Comme je venais de me rendre compte que le temps avait passé et que ce cycle venait de prendre fin ce soir.
Je n'aime pas les attitudes positives, ce coté "tout est cool dans le fond", ce coté "vas-y ça va marcher !", ce coté (comme le décrit très bien hephaistos639 dans son article link (l'article s'appelle pas "link", hein... On s'est compris !)) où, sous prétexte qu'on est juste, tout va bien se passer,
bref, cette balance de la vie où les méchants sont punis et les gentils récompensés. Je n'aime pas la pensée "souris et la vie te sourira" (surtout si l'on prend mon exemple, on voit bien que
c'est faux !) ou l'affolante philosophie de "la vie est courte", absolution aux pires conneries. Cette pensée générale me gonfle.
MAIS...
J'ai un voisin que je croisais de temps à autres dans les couloirs et l'ascenseur qui est mort d'une crise cardiaque à 42 ans. Mon voisin de palier tient un restaurant, a une femme,
deux enfants et un cancer qui ne le fera peut-être pas finir l'année. Mon meilleur ami a perdu son père qui vivait seul. Je suis un célibataire qui s'enferme dans sa "culture" pour éviter les
autres. Je m'apprivoise chaque jour. Mon patron est un mollusque, mes cadres sont inutiles et incompétents. Je vais perdre mon boulot l'année prochaine. J'ai du mal à supporter le monde dans
lequel je suis forcé de vivre. Je n'aime pas mon prochain comme moi-même. La bêtise est partout. J'ai peur de la mort des autres plus que de la mienne. La médiocrité est une valeur phare. J'ai
mal au dos. Je suis fatigué. Je ne sais pas si concevoir un enfant dans ce monde n'est pas un acte de sadisme. La vie est TOUJOURS trop courte. Je perds mon temps sur ce blog. Ma vie
file.
En gros, pourquoi je n'arrive pas à inviter une fille que je n'ai plus vu depuis plus de deux ans, dont les seuls liens sont des mails très espacés et les discussions sont des possibles
futurs à plus tard qui ne se concrétisent jamais ? Qu'est-ce que je perds ? Pourquoi je n'arrive pas à lui dire qu'elle me fait battre le coeur ? Pourquoi y donner tant d'importance, après tout
?
Ce soir, tout me fait chier de toutes manières...
Bonne nuit quand même...