Cinéma 7
Appaloosa de et avec Ed Harris.
Un western au cinéma ? J'arrive ! Un western au cinéma réalisé et interprété par Ed Harris ? Je cours ! Un western avec en plus Viggo Mortensen ? J'ai réservé mon billet ! Et aussi Jeremy
Irons ? Arrêtez, je vais bander ! Et René Zellweger ? Heu... Bon, c'est pas grave, je penserai à autre chose (comme à une vraie actrice) ! Et en plus, il y a Lance Henriksen dans un petit rôle ?
Argh ! Mon patalon !
Bref, c'est armé de bonnes intentions que je me rendais vers mon cinéma de moins en moins favori (augmentation du prix des places même avec la carte Fnac, bande d'enculés !), prêt à
chevaucher dans les grandes plaines et à bondir devant quelques duels et fusillades, colts fumants et chapeaux au vent.
Et autant dire que les 2/3 du film ne m'ont pas déçu. Bien qu'avançant à un rythme tout particulier mais loin d'être désagréable (quoi qu'en dise le réalisateur, c'est très Leonien !), le
film campe ses personnages et ses intrigues avec parcimonie : le nouveau shérif et son fidèle adjoint venus remettre un peu d'ordre dans une ville sous la coupe d'un bandit au bras long
(Irons, qui a la tête du Dr House) et l'apparition d'une jeune femme qui va chambouler l'amitié virile qui unit ces deux hommes. Pour le plaisir de son spectateur, Harris sort le catalogue de
tout ce qu'il faut mettre dans un western. Nous avons ainsi des duels, des fusillades, de la poussière dans les rues, une prison, des indiens, un train qui fume (et qui est attaqué), des
chevaux, des paysages splendides, des étoiles qui brillent, des regards qui en disant longs, des silences lourds et de la fumée qui sort des canons. Sans oublier un humour omniprésent, plus ou
moins réussi selon les circonstances.
Harris campe un homme de l'ancien Ouest, un homme fatigué qui trouve en Zellweger une possibilité de retraite. Une relation étrange et ambiguë où la loyauté remplace l'amour. Ménage qui va
tourner à trois un court moment avec Viggo Mortensen (immense) qui préféra rester fidèle à son mentor (sous-entendu d'une relation gay).
Puis, peu à peu, le film débloque. Légèrement. On voit des failles, des baisses de rythme mais bon... Les évènements s'enchaînent et le récit progresse sans illogisme. Ce n'est pas
le western tant espéré mais il est respectueux et généreux. C'est toujours ça.
Et tout à coup, au sortir d'un climax expédié mais attendu, le film s'enfonce inexorablement dans son dernier tiers en se foutant dans une impasse scénaristique impossible à délier. De là,
le film va virer à la neurasthénie. Les enjeux s'écroulent et les défauts deviennent bigrement visibles. Ed Harris s'efface pour Viggo, le film stagne, les dialogues s'amenuisent (comme la
musique), les silences s'étirent et la caractérisation à la serpe du personnage de Zellweger rend tout cela fort incompréhensible (elle est un peu l'enjeu de tout ça quelque part...). Les images
restent belles et Viggo digne comme un capitaine mais il est trop tard : Ed Harris assomme son public patient et le rend ainsi totalement étranger d'une fin magnifique mais désincarnée, porteuse
d'une grande puissance mais vue de loin. C'est Bergman qui fait un western, à faire passer Sergio Leone pour du Tarantino.
Plein d'idées et de volonté de casser certains clichés (Irons n'est pas un salaud rigolard ou hirsute, Ed Harris n'est pas qu'un gentil shérif), amusant, courageux par certains choix
(la relation Harris/Zellweger) mais mou du genou, Appaloosa n'a pas la fougue pour ressusciter un genre qui a besoin de revenir sur le devant du cinéma. Quand on pense que des
chef-d'oeuvres comme Impitoyable ou Open Range n'y ont pas réussi, on ne peut que croiser les doigts et prier très fort pour un genre superbe mais en décrépitude.