Angoisse
Imaginons un futur imprécis.
Imaginons une personne de sexe opposée qui s'intéresse à moi et moi qui m'intéresse à elle. Imaginons donc un futur science-fictionnel où les êtres humains ont refusé de laisser mourir
notre bonne vieille planète, où les voitures volent, où nous pouvons parler à des animaux, voyager dans l'espace comme bon nous semble et où l'être humain a appris à lire. Bref, poussez votre
imagination dans ses derniers retranchements et reprenons la base de cette pensée confuse : imaginez que je suis en couple avec une personne femelle.
De cette pensée hautement fantaisiste est née une terrible angoisse (d'où le titre, ça vous troue ça, hein ?) : et si les amis de mon aimée ne m'aimaient pas ? Lancé tel que, vous vous mélangez les mots dans la bouche (essayez de répéter cette phrase 10 fois à toute vitesse, vous allez voir). Mais aussi ça peut paraître con. Tout ça m'a trotté dans la tête un moment. Je suis un garçon charmant et pas avare de ses mots dans un premier temps de rencontre avec un(e) inconnu(e). C'est un effet qui marche sur un malentendu : les gens me trouvent vachement sympa et coool alors que je ne cherche qu'à avoir la paix. Et souvent, avoir la paix au prix le plus bas, c'est de jouer le gars sympa sans effusion. Les gens vous lâchent alors la grappe pour pas cher. En général, ceux qui se méprennent et/ou insistent finissent par vite se rendre compte que je suis d'une patience à la relativité qu'Einstein ne renierait pas.
Mais imaginez toujours (ça va, pas trop mal au crâne ?) que, par un coup de bol phénomenal et une myopie digne d'un cas clinique du Dr House, une donzelle prête grand cas à mon cas. C'est le début du bonheur, non ? Oui, et c'est aussi le début des problèmes. Quand on se lie avec quelqu'un, on récupère aussi les parents et les amis. Hééé oui, c'est le cadeau Bonux, on a rien demandé mais on se les paye avec le forfait. C'est ce point qui me torlapi... qui me turlupine les neurones : comment être face à des gens dont on a pas voulu l'existence et la rencontre mais qui comptent beaucoup pour votre aimé(e) ?
Et nous rentrons les deux pieds dans le débat : les amis ou l'amour ? Vaste débat qui m'éloigne à pleins tubes de mon sujet. Et si les amis ou/et parents de ma chère (€€) et tendre ne me blairent pas ? Il faudra que j'avale des couleuvres longues comme le bras, taper dans la main de blaireaux que je ne sens pas en règle générale, sourire benoîtement à des blagues de beauf de bistrot... Forcement, à un moment donné, ça va péter. Ou pas et là, c'est le grand chambardement.
Sans compter que cette passionnante réflexion (si si, je le vois bien, vous avez hâte de connaître la conclusion) peut aussi se retourner contre vous. Imaginez (un peu de patience, c'est bientôt fini...) qu'après une soirée avec vos amis, où le vinicole a tenu une place d'honneur à défaut du solide, vous vous en retournez paisiblement avec votre amour de la vie entière et même plus tellement on s'aime, le coeur en joie et toutes ces sortes de choses. Et là, sur le chemin du retour, entre deux vomissements (ah, j'avais prévenu, vous avez bu comme des clodos !), votre amourvotrevie vous articule avec peine : "Didonc, qu'esse il est con, Bernard !". Choc ! Bernard ! Votre meilleur ami, celui avec qui vous faisiez des patés de sable, avec qui vous avez fumé votre première cigarette, celui avec qui vous vous photographiez les fesses,celui qui fait l'alphabet en rotant, qui se met un noeud papillon autour de la (bip), celui pour qui vous avez caché un cadavre dans votre jardin (con, ça !), celui qui sera votre témoin au mariage avec le chiffon alcoolisé qui s'accroche à votre épaule... Ce Bernard-là est un con aux yeux (vitreux) de votre copine ! Le coeur est au bord des lèvres... et vous vomissez aussi, du coup.
Bon, là, on fait quoi ? On arrête ce post parce que j'ai plus rien à dire ? Ouioui et sinon ? Le mal est fait alors quoi ? Vous répondez : "Et ta Julie, c'est pas une sale pute aussi ?" ? Rien ne dit que cela arrangera la situation. Ne rien dire ? Vous allez porter ça sur l'estomac et ça va vous faire des ulcères. Attendre un moment plus complice et avoir des explications ? Oui mais cela peut entraîner des vérités cachées qui déboucheront sur une rupture logique. Bon, en gros, on fait quoi ?
Moi, j'en sais rien. Comme je vous le repete depuis le début, je laisse parler l'imagination. Mais cela ne provoque-t-il pas un malaise ? Une sorte de gangrène qui s'agrandit ?
On peut faire comme si de rien n'était et se dire qu'après tout, on aime une personne et pas le reste. Mais c'est un tout irrémédiable. Et de là, vous comprenez que le couple n'est qu'une énorme affaire de compromis. Rien d'autre.
Après, vous pouvez rencontrer Mylène Jampanoï, la plus belle femme du monde, avoir un coup de foudre carbonisant, vivre une passion brûlante et trouver toute sa famille et ses amis exceptionnels. Et réciproquement. Et vous vous réveillez, célibataire (bêêêhhh) ou avec une fille qui a traité votre père de vieux nazi.
Bonne nuit...