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Underground et ses pitres

Publié le par Buster Casey

 L'année dernière (oui, ça passe vite, hein ?), au cours d'un excellent post laissé sur ce non-moins excellent blog, je laissais divaguer ma colère envers ce pauvre esclave télévisuel (mais il l'ignore) qu'est Eric Naulleau. Petite auto-critique : j'ai allégrement massacré son nom sans volonté préméditée et je m'en excuse. En fait, Naulleau s'écrit Naulleau et pas Nolleau. Ceci étant réparé, passons à la suite.

 Le temps, les maladies gastriques, les fêtes et la fatigue aidant, j'avais bien failli complètement oublier un autre moment de télévision qui m'avait fait sortir de mes gonds et sûrement accéléré ma gastro-entérite. Il s'agissait de l'interview de Justice sur le plateau de l'excellentissime émission de Frédéric Taddeï, Ce Soir (Ou Jamais). Il était tard, j'étais fatigué mais, comme d'habitude, avant de couper ma téloche et d'essayer de dormir, j'ai lancé un dernier tour de chaîne. Et là, sur France 3, je tombe sur un beau parterre de vainqueurs. En plus de Justice, se trouvaient sur le plateau Catherine Deneuve (?), un blaireau et le fils de Costa-Gavras. Et tout ce beau monde, amorphes et raides défoncés comme l'attestaient les yeux constamment mi-clos du fils de, de palabrer en se congratulant. Enfin ça, c'était dans l'absolu pour les deux qui arrivaient encore à parler (à savoir le blaireau et le fils de) parce que pour le "groupe", on était proche d'un remake look 70's de Rain Man. Posés sur leurs fauteuils comme des plantes en pot, ils marmonnèrent péniblement de vagues réponses aux questions pertinentes de l'animateur.

 Je vais être honnête, je ne me souviens pas de toute l'interview. Mais je sais que l'arrogance sous pétard dont ont fait preuve ces "artistes" m'a gonflé. Je résume.

 

 Après la diffusion d'un clip censuré montrant des jeunes de banlieue quitter leur coin pour descendre en ville et tout casser sur leur passage, Taddeï pose la question : pourquoi ce clip ? Et là, on a eu droit à un magnifique numéro d'hypocrisie de l'artiste maudit qui décide de faire bouger les frontières de son art sans l'interpréter pour que chacun puisse y donner sa vision. En gros, le discours du type qui n'a rien à dire et surtout rien à expliquer puisqu'il voulait juste faire un "coup". Mais faire un "coup", ce n'est pas artistique car cela raméne à des considérations bassement mercantiles qui n'ont rien à faire avec l'Art. Donc, on la joue nébuleux, parce que ça, c'est vachement plus dans le cliché de l'artiste.

 

 Bref, suite à un discours très perché du fils de et de l'apathie des deux autistes, Taddeï décida de pousser un peu le bouchon, histoire de ne pas transformer son émission en un remake neuneu de Bonne Nuit Les Petits, en parlant de leur actualité, à savoir la sortie d'un live avec DVD. Et là, on a atteint un pic ! Fourni avec leur disque laïve, un beau DVD de la tournée filmé avec maestria par le fils de. Et, extraits à l'appui, ça devait être chaud chaud la tournée puisqu'on y voit pêle-mêle des filles en petites tenues, une foule en transe, des stroboscopes, de la bière, du vomi, du cassage de verres et autres menues joyeusetés. Bref, on pète tout, on est des rebelles à fond ! Passés ces exemples édifiants, retour plateau dans l'euphorie habituelle installée depuis maintenant un moment face à un Taddeï dont la perplexité crevait tous les records. Journaliste pro, il pose alors la question de savoir si tout cela est vrai ou un peu UN PEU exagéré. Le fils Costa se défend de vouloir faire un documentaire sur une tournée où tous les musiciens mangent du tofu, comme la majorité des DVDs musicaux d'artistes français actuels. Et que sur des heures et des heures de bandes, il avait compilé les moments les plus forts pour un rendu de 60 minutes bien excitant. Pas du tout convaincu et conscient que sa question venait d'être évitée, Taddeï la repose donc en soulignant son propos : est-ce que tout cela, au fond, ne serait pas un cirque fait exprès, histoire de noircir le tableau et imiter un adage sex, drugs & rock'n roll qui n'aurait pas lieu d'être. Inviter et payer des filles pour qu'elles fassent les groupies, mettre en scène les orgies, bastons et tralala. En gros, n'y aurait-il pas un peu de pipeau dans tout ça ?

 La fatigue qui m'étreignait à ce moment-là a totalement retardé mon coup de gueule, essuyé le lendemain par mon binome qui n'en demandait pas tant. En guise de réponse à cette réponse juste, l'un des deux Justice a balancé, sans honte aux joues : "Ouais, on y peut rien, on est rattrapé par ça..."

 ??????????????????????????????

 Je vais être intolérant, sectaire, vieux-jeu et tout ce que vous voulez mais depuis quand deux puceaux attardés qui jouent avec leurs petites machines et se trémoussent derrière leurs platines en balançant une techno aussi rebelle qu'un Daft Punk enguirlandé et en mettant en scène leur attitude rebelle peuvent-ils se prétendre "rock'n roll" ? Faut franchement arrêter de déconner. Quand des journalistes "rock" commencent à foutre The Who, The Clash, Miossec, NTM et Justice dans le grand panier à n'importe quoi du rock, c'est que plus personne ne parle de musique. Alors, je sais, on va me ressortir la rengaine de l'attitude au-delà du style. OK, très bien, grand bien vous fasse. Pour moi, le rock c'est basse-guitare(s)-batterie. Point. Le reste, il y a des noms pour ça et ce n'est pas parce qu'il faut faire valser les étiquettes qu'on doit accoler n'importe quoi sur des groupes.

 Autant vous dire qu'après une pensée aussi puissante, Taddeï en est resté coi et a emmené le débat sur d'autres rives. Pour ma part, j'ai éteint ma télé avec un tabouret. Quoi qu'en dise ce brillant animateur, la "French Touch" de la musique Darty est véritablement naze. Chemical Brothers, Fat Boy Slim ou Prodigy dégage(ai)ent une énergie autrement plus groove et sale. Justice ne reste donc que de la musique pour boites d'ados boutonneux, les mêmes qui se sentent trop marginaux en écoutant BB Brunes et la même clique à baffer qui pollue le rock français. Quoi ? Oui, ça m'énerve...

 Et histoire que vous ne mourriez pas bête à la fin de la lecture de ce post, je vais vous parler d'un vrai groupe underground : Electric Wizard.

 Trio fondé par Jus Osborn (chant/guitare), Tim Bagshaw (basse) et Mark Greening (batterie), EW voue un culte sans bornes à Black Sabbath, Cathedral, Saint-Vitus, Trouble, aux obscurs groupes de doom et aux films de série Z de Jesus Franco, Jean Rollin et Ed Wood. Leur premier album éponyme est un décalque, à la pochette près, de Cathedral, quelques claviers discrets en plus. Il sortira sur le label culte, Rise Above, de Lee Dorian, chanteur du groupe précité, et grand pourvoyeur de groupe au style musical enfumé et sombre. Les choses bougeront vite avec la sortie du deuxième album, Come My Fanatics.... où EW noircit le ton. La production marque un net arrêt via un son général volontairement ouaté et l'ensemble dégage quelques odeurs de crypte oubliée. Le chant est possédé, les morceaux longs et l'ambiance détestable.
 Après de nombreuses dates et une mise en avant par Lee Dorian qui est fan, EW pond son chef d'oeuvre, Dopethrone. Un son brouillon au possible avec les basses poussées bien en avant, une misanthropie pure et l'absence totale d'éclaircie tout du long de ces 61 minutes d'enfer font de ce troisième essai un album phare du doom, créé avec suffisamment de substances hallucinogènes pour voir une armée d'éléphants roses. Une dépendance qui plongera le groupe, authentiques marginaux qui feront de la taule, dans une spirale effroyable. Tournées où le groupe oublie la moitié de ses morceaux, bitures sur bitures, pétard et la vie du rail, tout cela emmène, en 2002, dans un état physique et psychologique en lambeaux, à la sortie de Let Us Prey. Écrit et composé à même le studio où le groupe improvisait, fumait, dormait et mangeait à peine, le disque marque un stade terminal dans la déchéance. Production atroce, prise de son effroyable (la batterie est étouffée, la voix est noyée dans le mix ou trafiquée à l'extrême, les larsens polluent l'ensemble) et aller direct en Enfer, Let Us Prey reste le disque le plus difficile à écouter de EW tant l'humeur qui en ressort est délétère. Humeur qui se poursuivra sur les tournées qui suivront, où les excès seront démultipliés au point que le chanteur finira par perdre la notion du temps. Ce dernier marquera l'arrêt de cette chute le jour où il vomira du sang à cause de ses reins complètement foutus. Le groupe explose, la section rythmique montant un nouveau groupe, Rammessess, véritable machine à cauchemar musical.
 Jus Osborn, après de nombreux soins, se trouvera de nouveaux musiciens, dont une jolie deuxième guitariste. L'album We Live confirmera le groupe comme un des meilleurs pourfendeurs de musique tellurique et barrée. Leur dernière offrande, Witchcult Today, à la pochette vintage, voit le groupe évoluer tout en gardant une aura de psychédelisme noir.
 Impossible de conseiller ce groupe à la cantonade. Ce succinct article a pour volonté de les présenter et de remettre le sens de "underground" un peu plus à sa place. Mais il convient de prévenir que, tel Gorgoroth dans un vieil article, EW est à manier avec précaution, tant sa musique est étouffante.

 En guise de cadeau bonux pour les plus courageux qui auront lu ce très long post en entier, un extrait audio, tiré de Dopethrone le terrible.


 

 Bonne nuit ?

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N
PS : j'avais pas vu que tu y avais adjoint l'un des meilleurs morceaux du groupe... Bonne continuation !
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B
<br />  Bon, promis, le prochain post est plus court...<br /> <br /> <br />
N
Merci pour cette petite bio passionné d'EW. Sacré groupe... =) (j'ai sauté la première partie qui ne m'intéressait pas, mais je pense que c'était très bien aussi, vu la conclusion).
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B
<br />  Ah ben non alors, je me suis quand même fait ch... pour l'écrire cette première partie ! Mais merci de tes encouragements :)<br /> <br /> <br />
S
Oui, c'est normal, c'est un excellent morceau. Attention, ça commence comme ça et on se retrouve à écouter du brutal death mélancolique avant même de s'en appercevoir
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C
Le morceau de Electric Wizard
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B
<br /> Non c'est bien. Je suis surpris (ce n'est pas une musique très "hype" ni facile) mais ravi.<br /> <br /> <br />
C
C'est normal que j'aime bien ?!
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B
<br />  Que tu aimes bien quoi ?<br /> <br /> <br />