Cinema 16
Gran Torino de God
Autant vous le dire tout de suite et gagner du temps quand à d'éventuels commentaires, je suis un admirateur absolu de Clint Eastwood. Pas seulement parce que ce type garde une classe
affolante à un âge vénérable là où d'autres ont déjà viré gagateux mais surtout parce qu'il s'agit d'un véritable grand. Par la taille et par le talent, par l'humilité de l'homme et l'immensité
de son oeuvre. Même dans des nanars réjouissants comme Doux, Durs et Dingues ou encore Ça Va Cogner ou des films plus faibles comme Les Pleins Pouvoirs ou Créances
De Sang, il y a toujours quelque chose à récupérer, à prendre ou à sauver : une scène, un acteur, une situation, un personnage...
Bref, vous l'aurez compris, pour moi, Clint Eastwood est le dernier plus grand réalisateur "classique" encore en activité et peu semble prendre la relève (Clooney, peut-être qui développe
une carrière acteur/réalisateur audacieuse). Il a joué des rôles différents, osé un peu tous les genres (hormis le film gore et le porno) et pris un nombre de risques incalculable. Là où beaucoup
rabâche les mêmes clichés, Eastwood a toujours jonglé avec des films ouvertement commerciaux et d'autres incroyablement perso. Les succès et les fours n'ont jamais entamé une détermination de
diversifier son cinéma. De plus, loin de jouer les vieux beaux, il n'hésite pas dans ses derniers films à mettre en scène sa vieillesse de façon frontale avec la présence omniprésente de la Mort
à l'horizon. Lucide et courageux quand beaucoup use de tous les artifices pour paraître toujours plus jeune.
Bref, que nous raconte Gran Torino ? L'histoire d'un vieux bonhomme, retraité de General Motors et ancien de la guerre de Corée, dont la femme vient de mourir et qui a la
particularité de détester tout le monde (y compris ses enfants et petits-enfants) et d'être abominablement raciste. Seuls son chien et sa voiture de collection (une Gran Torino de 72 qu'il lustre
et regarde avec amour) ont grâce à ses yeux. Bien malgré lui et en défendant involontairement son jeune voisin coréen d'un gang, il deviendra une sorte de héros du quartier.
Raconté par d'autres mains, il est inutile de préciser qu'un scénario pareil aurait fini dans les égouts du drame larmoyant facile ou du film de vigilante masqué à l'idéologie
douteuse. Mais avec Clint aux manettes, le traitement est salvateur car en prenant pour dernier rôle devant la caméra (snif...) un vieux cynique exécrable, Eastwood se permet de faire un film
somme sur sa carrière et développer des thèmes qui lui sont chers : la transmission aux générations futures, la vieillesse et la mort, le pardon, la facilité au recours et au développement de la
violence qui ternit les hommes, la rédemption... Autant dire que ceux qui sont allés voir le film en se basant sur l'affiche (volontairement trompeuse) et sur quelques lignes du scénar et en
s'imaginant trouver un "Dirty Harry" à la retraite ont du faire la gueule. De même que quelques critiques à coté de la plaque (mention spéciale à Gérard Lefort qui a eu la délicatesse de traiter
le film de "pépé à la caméra" et autres qualificatifs sournois... Bravo gars et pense à te recycler dans le one man show, la critique ciné c'est pas ton truc apparemment !) y ont vu un film
réac' (ils auront confondu avec Coco ou La Journée De La Jupe), le film est avant tout un grand appel au pacifisme et au coeur. Drame poignant rehaussé d'une grand louche
d'humour (les fans du Maître De Guerre seront aux anges), servi par des acteurs justes et une narration d'une fluidité exemplaire (quel talent d'arriver à faire oublier à une salle
entière qu'elle se casse le cul sur des sièges pourris ! Bonjour Monsieur Pathé !), Gran Torino est un film à l'image des précédents et de son auteur : une oeuvre immense d'une humilité
rare, une modestie de forme qui cache un fond énorme.
Chapeau l'artiste !