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Cinema 18, 19 et 20

Publié le par Buster Casey

 Grande braderie de la pellicule aujourd'hui, du fait d'une longue hibernation bloggesque. Alors, accrochez-vous, c'est éclectique et c'est peut-être même plus en salle (bien fait pour vous !).


 Ponyo Sur La Falaise de Hayao Miyazaki

 Toute la beauté du cinéphage (et non pas cinéphile, genre de fan de cinéma mais en plus poussiéreux et chiant) est de pouvoir aller au gré des salles à la découverte d'un film, quel qu'en soit le genre, la nationalité, le contexte ou l'impact médiatique, afin de rassasier sa soif de curiosité et de surprise. Et ainsi de pouvoir sauter d'une comédie à un blockbuster U.S., d'une bande hardcore à un dessin animé à la délicatesse vivifiante, avec la même joie. C'est ainsi que j'ai pu me retrouver dans une salle miteuse occupée par quatre autres personnes à avoir 8 ans de nouveau devant un film d'animation en japonais. C'est d'ailleurs tout le pouvoir et la magie de Miyazaki : envoyer son public dans un univers merveilleux, enfantin (et non puéril) et d'une imagination infinie. Ici, c'est la petite sirène d'Andersen qui passe à la moulinette féerique d'Hayao pour un résultat enchanteur... mais amoindri. Je m'explique.

 Alors que l'on pleurait à chaudes larmes en sachant que Le Château Ambulant serait le dernier film du Maître, l'annonce d'un nouvel opus ne pouvait que remplir nos coeurs de joie et d'allégresse en se disant que cette offrande nous vengerait de tous ces films d'animations insipides réalisés dans une 3D majoritairement moche (je tiens à signaler que Pixar est au-dessus de tout soupçon). Et le constat ne se fait pas attendre : dès les premières images, le spectateur tombe de son siège devant un déferlement de couleurs, de détails et de beauté. Et en dessins traditionnels, s'il vous plaît. Loin de l'épate tapageuse que peuvent avoir 99% des films en images de synthèse indigents polluant nos salles, Miyazaki déroule tranquillement un univers chatoyant avec une logique et une modestie désarmantes. L'introduction, l'inondation, l'arrivée de la déesse de la Mer... Tout est fait pour émerveiller et titiller la rétine. L'épuration volontaire du dessin dans le design des personnages permet aussi une palette d'émotions incroyablement efficaces pour un résultat touchant immédiatement au but. Sans parler des scènes d'action rythmées par un découpage affolant de lisibilité et une musique porteuse. Bref, le film se paye presque un sans faute.

 Presque, faute à un scénario un peu décousu et vraiment exempt de toute méchanceté. D'un optimisme omniprésent, cela devient vite lassant. Les personnages ne souffrent d'aucun conflit interne (à part le père de Ponyo et encore, la question est vite réglée), tout le monde est généreux et les éléments fantastiques ne choquent absolument personne. Vous l'aurez compris, le merveilleux ne s'immisce pas dans la réalité puisque tout le récit est conçu comme une fable. Ce manque de lien tangible envers le quotidien (alors que le film fourmille de petits détails de ce même quotidien) enlève un ressort narratif important, l'affect n'étant touché que par la beauté des images. Et l'optimisme à tout crin, ça va cinq minutes...

 Détails futiles certes mais qui peuvent ternir l'immense plaisir de visionnage. Ponyo m'apparaît donc comme un Miyazaki en deçà des attentes mais bon, soyons réalistes : même mineur, un seul de ses films a de quoi envoyer aux ordures le reste de l'animation mondiale (Pixar excepté bien entendu). Donc, si cette oeuvre passe toujours près de chez vous...


 Dans La Brume Electrique de Bertrand Tavernier

 Je vous avoue, public fidèle, que voir le nom de Bertrand Tavernier associé à celui de Tommy Lee Jones pour l'adaptation d'un polar de James L. Burke m'a fait me poser des questions sur la nécessite de changer de lunettes. Même si j'ai quitté l'information quotidienne du cinéma depuis belles lurettes, la collaboration de ces deux hommes m'a pas mal surpris. Notre Tavernier national, grande gueule et mémoire éléphantesque du cinéma américain, qui s'acoquine avec des fonds amerloques, voilà qui ne manque pas de piquant. Évidemment, compte tenu du caractère pas commode des deux bonshommes, la mésentente sur le plateau fut cordiale et une version "alternative" est sorti en salles U.S.

 L'insuccès de ses derniers films a poussé Tavernier à aller faire une petite cure de cinéma en Amérique. Malgré le studio, une star à fort caractère et un univers de travail différent, Tavernier s'acquitte plus que bien de son travail. Jones y incarne un vieux shérif usé traquant un serial killer, tandis qu'un gros parrain local revient pour financer le tournage d'un film sur la guerre de Sécession. Voilà pour l'intrigue. Le traitement est tout autre, Tavernier s'amusant à casser le rythme, à la fois tendu et relâché, alternant éclairs de violence et plages oniriques. Faux thriller parsemé de digressions fantastiques, Dans La Brume... est une bande hypnotique tout à fait captivante si l'on décide de se laisser aller. Situé dans un contexte post-Katrina dans la Nouvelle-Orleans, le réalisateur arrive à capter par l'image l'incroyable moiteur des lieux et de ses bayous mystérieux et oppressants. Jones campe un personnage solide mais fatigué, au tempérament calme mais implacable, rongé par un souvenir particulier. Son apparent non-jeu fonctionne à merveille et il arrive à nous transmettre force émotions sans tapage. Il offre ainsi un personnage complexe, tiraillé entre la justice et les moyens d'y parvenir. Les fantômes de soldats de la guerre de Sécession qui lui apparaissent plusieurs fois renforcent encore plus cette atmosphère étrange.

 Tavernier réussit une oeuvre à la fois populaire et exigente, qui n'évite certes pas certains clichés mais remporte la mise au final. Good work, Burt !


 Incognito de Jesais Pluki

 Pour celui-là, on va faire court. Inutile de parler de la justesse de la mise en scène, du découpage phénoménal ou de la qualité de la photographie. Incognito est un téléfilm qui passe au cinéma parce que ses deux têtes d'affiche sont Benabar (crédible) et Frank Dubosc (hilarant). Tout ceci ne casse pas trois pattes à un canard mais grâce à un scénario roublard et constamment rythmé, faisant appel à un certain mauvais esprit salvateur digne des comédies françaises des années 80, la pilule passe plus que bien. Même si ça gratte plus que ça ne griffe le milieu du spectacle, tout cela permet de passer un agréable moment et c'est beaucoup moins démago et m'as-tu-vu que Coco. Tout cela pouvait se casser la gueule mais l'entreprise tient le coup. Donc, bravo. Mais allez voir Ponyo quand même (et OSS 117 !).

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