Pirates !!!
Rien de tel qu'un petit week-end à ne rien faire pour reprendre la semaine. Sauf quand on ne s'est pas assez reposé. Argh !
Je regardais un reportage inutile au journal de France 2, ce soir. Il racontait l'engagement de quelques artistes français (mauvais de surcroît) pour la loi anti-piratage. Le
reportage aurait pu s'arrêter là, vu qu'il n'avait rien à dire. Sauf que, pour faire du remplissage, le journaleux a enfoncé une porte déjà bien ouverte.
Si l'industrie du disque s'effondre, c'est à cause d'un coupable connu de tous : le pirate ! Visage flouté à l'appui, la voix off fustige ce voleur, cause de l'effondrement de l'industrie
du disque, de la culture de la gratuité et blablabla... Histoire de se tirer une balle dans le pied, la conclusion marque le pas : "Les salles de concert sont pleines (ah bon ? Le salaud de
pirate paye sa place ?) mais qui va payer la musique bientôt ?". Quel suspens !
Outre de ne servir à rien, ce reportage ne fait que fusiller un débat qui n'aura jamais lieu. Le répressif à tout crin remplaçant la réflexion, les pleurnicheries du fossoyeur Pascal Négre
(heureusement que Gregory Lemarchal est mort, il a pu vendre plein de disques sur son dos en arguant la petite larme) plantant toute volonté de projection dans l'avenir.
A l'époque où le CD est apparu, son prix excessif était justifié par la nouveauté de cette technologie mais qu'au final, la modération serait ensuite de mise. Sauf que ce ne fut jamais le
cas. Les CDs restent chers, la France pouvant se targuer d'être le pays le plus cher.
Dans une interview, Evan Seinfeld, ancien bassiste de Biohazard, hurle que le piratage, c'est du vol et de la lâcheté. Il a raison : en tant qu'artiste, se faire piquer sa création doit
être pénible. Se faire voler son bien, c'est gonflant. Mais plutôt que de pointer du doigt toujours le même coupable de tous les maux, pourquoi les industries du disque ne se regardent-elles pas
en face ? Quand je vois ces artistes pleurer que leur dernier disque était dispo sur Internet trois semaines avant sa sortie, je le comprends. Mais quand ces mêmes artistes se font cirer les
pompes parce qu'ils viennent de rentrer directement en tête des charts, que leur disque (honteusement volé, je le rappelle) est disque d'or/platine/argent en un temps record, que leurs concerts
sont archi-combles et tout le tralala, je me dis qu'on me prend pour une poire.
Certains artistes, dixit Evan Seinfeld, n'aiment pas le piratage mais accepte de balancer leur album gratos sur le Net afin de se donner une image cool et que leurs fans ne les prennent pas
pour des trous-du-cul s'ils avouaient que ça les fait chier.
Le piratage ne plombe que les petits groupes. Ceux qui n'ont pas de grosses maisons de disques derrière pour les lancer, ceux qui proposent une musique moins formatée et qui ne passent pas
dans une émission de reality-TV. Pourquoi Cindy Sanders se plante dans ses ventes ? Parce que tout le monde (à part elle) sait que c'est une blague, une sorte de ringarde, de never-been qui a été
propulsé par le petit journal people de Canal +. Ce qui était parti d'un foutage de gueule est devenu un phénomène. Soit. Mais qui va acheter ce disque ? Qui va sérieusement acheter son single ?
Autant le télécharger plutôt que de claquer XX€ pour un truc craignos dont on ne saura pas quoi faire dans trois mois.
Internet aurait-il permis ceci ? La possibilité de télécharger des singles/albums dont on sait qu'ils sont merdiques, histoire de les écouter et s'en débarrasser ensuite ? La fin de mettre
la main à la bourse pour un truc naze et d'être pris pour des moutons ? Le cynisme aurait-il changé de camp ? Et si c'était le cas, est-ce pour autant une bonne chose ?
J'adore la musique. J'ai grandi avec l'amour de la musique, la passion du vinyle. Pour moi, la musique se doit d'être accompagné de son attirail : boîtier, livret, CD. La matérialité de la
chose qui dépasse le simple fait d'écouter un morceau. L'attente de la sortie du disque, le chemin pour me rendre chez mon disquaire, la communication avec celui-ci. Parler musique, vivre la
musique. Rentrer chez soi avec le CD dans le sac, déchirer le plastique, la fébrilité de le mettre sur sa platine, d'écouter ce qui en sort...
Steve Wilson, leader des Porcupine Tree, expliquait que les jeunes d'aujourd'hui ne ressentaient plus ces émotions à cause d'internet. Un simple clic et la musique arrive chez soi. Comment
ressentir une excitation quand on se retrouve avec 4000 MP3 dans son disque dur, dont on en écoutera jamais les 3/4 ? J'ai des MP3 moi aussi, je ne les écoute presque jamais, parce que
je ne conçois pas la musique ainsi. Une étape de trop dans l'immatérialité de la musique pour moi. Comment faire comprendre à des petits cons qui ont déjà "tél", vaguement écouté, critiqué et
jeté un album pas encore sorti l'excitation que j'avais à leur âge quand je trouvais un picture disc d'Iron Maiden ?
Les deux camps refusent un débat qui n'aura jamais lieu de toutes façons. C'est pour ça que je vais arrêter cette réflexion idiote et sans intérêt pour aller faire une partie de GTA.
Bonne nuit...