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Culture dangereuse

Publié le par Buster Casey

 Aujourd'hui les enfants, je vais vous parler de Gorgoroth. Et là, je vois dans vos yeux malicieux, alors que vous tapez dans vos mains en faisant des petits bonds, que vous voulez me poser LA question : "Qui ?". Je vous connais comme ma poche trouée.

 Début des années 90, le mouvement black metal défraie les chroniques musicales et judiciaires des pays nordiques. Là où Mayhem est né dans un précipité de frasques extra-musicales toutes plus sordides les unes que les autres avant de s'assagir, Gorgoroth a suivi le chemin inverse. Son premier album, Pentagram, correctement produit sans plus, délivre un black métal de bonne tenue. Pas de quoi hurler au chef-d'oeuvre maudit mais un bon album dans le genre. Les choses s'accélèrent vraiment avec l'opus suivant, Antichrist. Le son est moins bon, l'album ultra-court (25 minutes !) et une mélancolie sourde transpire tout au long de l'écoute (notable sur les titres Gorgoroth et Sorg (tristesse)). Le titre phare du groupe y est aussi présent, le fameux Possessed (by Satan).

 La machine s'emballe totalement lors de la doublette suivante. En sortant Under The Sign Of Hell puis Destroyer (or about how to philosophize with the hammer), Gorgoroth enfonce le clou et plonge à plein pieds dans le "true black métal". Bénéficiant tous les deux d'une production atroce, bourrés de larsens dans le mix et plantés de pains, ces deux albums assoient Gorgoroth comme un groupe "autre". Le malaise et la folie sont palpables à chaque écoute.

 Under The Sign Of Hell, avec sa batterie bien mise en avant et la voix arrachée du chanteur Pest. Destroyer, son auberge espagnole (8 ou 9 musiciens ont participé à cet album), son introduction gavée de larsens (Destroyer), son coté expérimental poussé (les coups de masse sur un bidon pour Blodoffer, les bruitages galactiques sur The Devil, The Sinner And The Whore), son atmosphère étouffante et une reprise de Darkthrone chantée par Belzébuth en invité surprise. Au même titre que le cultissime et traumatisant De Mysteriis Dom Sathanas de Mayhem, ces deux albums ont pour moi une effet totalement hypnotique. Incroyablement délétères par leur atmosphère de mort et à la fois troublants de beauté sale dans cette impensable jusqu'au-boutisme. Une attitude qui débordera totalement par la suite de l'univers musical, les allers-retours des musiciens entre le studio et la prison furent en effet fréquents. Je ne déballerai pas ici la liste d'actes hautement répréhensibles qui contribuent toutefois à entretenir le mythe Gorgoroth. Cette absence complète de recul, ce premier degré revendiqué et ce caractère marginal jusqu'à partir dans le mur construit cette fascination gênée que l'on a pour tout ce qui sort des balises posées par notre société.

 Pour ceux que ça intéresse, Metal Mind Record vient (enfin) de sortir le DVD du groupe, le sulfureux Black Mass Festival 2004, concert "phare" dont les bandes furent saisis par la police polonaise. Elles sont aujourd'hui délivrées commercialement après une longue bataille juridique. Il faut dire que les autorités locales n'ont pas vu ça d'un très bon oeil. En même temps, difficile d'entrer dans la compétition : mannequins nus, cagoulés, ensanglantés et attachés à des croix de bois ; éclairages orangés/rougeoyants surpuissants ; têtes de moutons plantées sur des piques le long de la scène et fils de fer barbelés ; débris indéfinissables ; torches enflammées ;  son à la rame (pains et larsens) ; groupe égal à lui-même (déguisés en porc-épics humains et avec un pied hors de la réalité grâce notamment au regard malade et à la voix inhumaine du chanteur Gaahl)... "Clou" du spectacle quand un des mannequins s'asphyxie sous son sac à patates et perd connaissance pendant Possessed (By Satan). Filmé tel quel sur DVD, on ne fait pas mieux. Bref, un grand moment de terreur enfin dispo pour les petits et les grands.

 Leur dernier opus, Ad Majorem Sathanas Gloriam, confirme le groupe dans sa ligne de conduite. Et même si aujourd'hui, celui-ci est en déliquescence (musiciens virés, bataille juridique pour le nom du groupe...), il reste un pilier important du mouvement... avec beaucoup de recul de notre part.

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