Formation (2)
La première fois que j'ai pris un avion, j'ai touché à tout. La tablette devant moi, le porte-gobelet, le filet avec les magasines gratuits de la compagnie
aérienne et le fameux guide de survie que Fight Club a popularisé (si vous n'avez pas vu ce film, dégagez de ce blog !). Je collai mon nez sur le hublot, je fermai/ouvrai ma ceinture, allumai la
lumière au-dessus de moi, bref, c'était Disneyland. J'ai aussi trouvé le sac à vomi, moins glamour.
Ce que j'ai surtout regardé avec insistance et fascination, c'est l'hôtesse de l'air. Pas à cause d'un fantasme répandu mais par l'incroyable sentiment de solitude qui peut s'en dégager. En
effet, voir une personne qui répète mécaniquement des gestes de sécurité, quand même censés nous sauver au cas où l'avion s'écraserait comme un fer à repasser, devant un parterre de
voyageurs qui s'en foutent royalement est un moment déchirant. Sauf que si un jour, le vol a un problème, ces passagers inattentifs ne s'en souviendront plus qu'il faut tirer le masque
pour l'oxygène, se pencher en avant, tirer les deux languettes du gilet de sauvetage si l'avion se prend pour un canad-air, etc... La faute peut-être aux journaux gratuits servi avant de monter
dans l'avion. Tout le monde a le nez dedans, du coup. Enfin bref, par respect, je suis le seul à regarder le petit tour de piste de ces chères hôtesses qui refont à l'envie les mêmes gestes. Au
moins, si l'avion coule, elles sauront s'en sortir plus vite que les passagers.
L'avion ne m'a pas fait peur. Premier décollage, premier atterrissage... Je n'ai ni eu un malaise, ni eu besoin d'utiliser le fameux sac anti-glamour. La première fois, le décollage m'a
surtout servi à faire éclater un caillot de sang sous l'ongle de mon orteil. Un vol à but thérapeutique involontaire. Tout ça pour dire quoi ? Que je ne suis pas particulièrement courageux mais
que je connais des gens qui ont déserté l'avion à vie. La peur d'être en l'air et que s'il y a un os, l'homme ne sait toujours pas voler de lui-même. Mais un train qui déraille ou un bateau qui
coule en pleine mer sont-ils forcement plus sûr ? Si la personne ne sait pas nager ? Et quelques tonnes de ferrailles qui s'accumulent sur votre gueule ?
Toujours est-il que cette fois-ci, j'arrive à Paris, qu'il fait un temps moche comme pas permis, qu'il pleut, que je me perds dans l'aéroport et que si vous avez lu le mail précédent, tout
ça, vous le savez déjà. De quoi parle la formation, ce n'est pas le sujet. Elle ressemblait à une formation type, le genre à vous bourrer ras la casquette de théorie sur votre "nouveau" métier et
de vous faire des mises en situation à la fin. Deux jours ! Deux jours à déprimer dans un Paris pluvieux. J'y ai rencontré des gens sympas, conscients de leur métier, assez pros et très
déconneurs. J'y ai rencontré la femme de ma vie, où du moins le prototype le plus parfait de mon âme soeur, la personne qui incarnait ce que je recherche. Qui prend les devants sans ruer dans les
brancards, qui fait attention à ma présence, qui m'inclut dans son périmètre, sans jugements. Et autonome.
Oui, inutile de fulminer devant votre écran. C'est un fantasme, une situation exceptionnelle où chacun d'entre nous était déraciné, hors contexte et peut-être que je ne leur aurai pas
adressé la parole dans d'autres circonstances. Mais bon... Même en sachant ça...
C'était nul ce soir ou c'est moi qui suis fatigué ?
Bonne nuit, alors...