Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Cinema 13 et brouette

Publié le par Buster Casey

 Les Noces Rebelles de Sam Mendes

 Sam Mendes est un petit filou. Depuis son American Beauty, il passe pour un auteur hautement subversif et tous ses films, hautement appréciés par la critique, portent cette étiquette d'auteur qui gratte là où ça fait mal. Pourquoi pas ? Après tout, quand on ne regarde rien d'autre, dans une grande mer de mainstream, ce genre d'auteur peut choquer. American Beauty osait montrer un père de famille se palucher sous la douche dès la cinquième minute, fumer des joints, quitter un job grassement payé pour retourner travailler dans un fast-food et fantasmer dangereusement sur une ado, amie de sa fille. Bon, ceci dit, la morale était sauve puisque ce non-modèle américain mourrait, abattu par un voisin militaire vaguement nazi et homo refoulé (?), sa femme était punie aussi, sa fille trouvait un mec et on était fasciné par un sac poubelle dans le vent.

 

 Oui, allez, j'exagère le trait, le film n'est pas une bouse, loin de là. Mais vendu à l'époque comme le film le plus subversif de l'histoire du cinéma américain, c'est un peu oublier les travaux de Todd Solondz. De même pour son adaptation compassée des Sentiers de la Perdition, avec un Tom Hanks excellent mais empesé là où le "héros" de la B.D. était un être sec et froid dans sa vengeance. Ici, Tom Hanks flingue mais en demandant la permission. Je ne parlerai pas de Jarhead (que je n'ai pas encore vu mais je m'attends à tout) pour revenir sur le film qui nous occupe.

 Les Noces Rebelles avec son casting doré quatre étoiles, le duo glamour qui a fait pleurer la planète, les spectatrices (les mecs ne l'avoueront jamais), les exploitants salle et les producteurs, bref ce duo mythique se reforme pour un nouveau film, plus de 10 ans après. Et là encore ça va pleurer dans les chaumières sauf qu'à défaut de gros bateau, c'est la pellicule qui va se noyer. Explications subjectives.

 Passée la joie de retrouver DiCaprio et Winslet ensemble sur un écran (pourquoi n'ont-ils pas tournés plus tôt ?), on commence, bien obligé, à s'intéresser au film. Et à force d'essayer de s'intéresser au film, on se demande quand celui-ci va commencer. Jusqu'au moment où l'on découvre que le film a bel et bien commencé mais trop tard, vous êtes coincés des deux cotés ! A vouloir toujours être au milieu de la rangée pour bien voir l'écran de face, vous vous êtes emprisonné. Bonne nouvelle, le film est presque fini !!

 Qu'a-t-on ? Deux personnes qui se rencontrent au cours d'une soirée, qui discutent, qui se plaisent... Flash forward des années plus tard. Le couple est marié, deux enfants et la femme voit ses rêves d'actrices brisés dans l'oeuf. Le mari ne sait pas comment s'y prendre tant elle encaisse mal ce camouflet et, au final, la tension pète et c'est la première engueulade. Générique. Ouille. La suite du métrage ne sortira pas de ces ornières. Des situations tendues, des personnages qui ne font rien, qui encaissent en serrant les dents, qui hurlent en fin de compte (histoire de mettre un peu d'action), qui pleurent ou qui, grand classique du drame marital, balayent avec rage une table qui passait par là. Ici, point d'originalité, Mendes nous conte une énième variation du couple qui se déchire, qui ne se parle plus et dont les idéaux contradictoires bousillent la relation. Comme d'habitude, tout cela est sur-écrit (trouvez-moi un couple qui s'engueule en faisant des phrases aussi longues et je crois en Dieu !) et joué en parlant fort. Les acteurs délivrent tout ce que j'ai écrit précédemment avec professionnalisme et Sam Mendes est toujours un immense cadreur à défaut de réalisateur. Au détour de quelques plans, pourtant, il arrive presque à développer une mise en scène de qualité supérieure, une habile combinaison de mise en espace, de placement, de mouvement, de lumière et de musique : le couple remontant un couloir, un souvenir sur le bord d'un trottoir, l'anonymat dans une foule rempli de gens identiques (belle idée massacrée par un point de vue tiède puisque Leonardo apparaît toujours au milieu de l'écran, histoire de ne pas trop le perdre de vue et de ne pas perdre le spectateur), regarder par une vitre pour la dernière fois... Un air de piano d'une mélancolie terrible laisse planer une tension, un sentiment de malaise impalpable. Mais ces instants sont fugaces car le réalisateur mise à fond sur ses acteurs et ne met en scène qu'une pièce de théâtre à défaut d'un film de cinéma.

 Mais le plus gros point noir, le pire "défaut" dans tout ce qu'il a de subjectif, c'est qu'on s'en fout de leur histoire. Et rapidement avec ça ! Plutôt que de faire monter crescendo une rupture conjugale, le scénario largue les amarres dès le pré-générique. Et après, tintin ! Tout va se dérouler selon un système de montagnes russes inégal. Les enfants n'apparaissent que le temps légal et sont évacués de l'histoire à la moindre occasion. Ne participant pas au drame, l'implication émotionnelle est nulle dans la mesure où l'égoïsme des deux personnages ne touchent qu'eux et jamais le monde qui les entoure ou du moins, cela n'est jamais montré. Le film se passe dans les années 50/60 mais cela n'a aucune importance. Cela aurait pu arriver aujourd'hui ou en 1852 (ce qui doit être un peu le cas vu le vocabulaire employé). Bref, le film aurait aussi bien pu se passer dans une pièce avec une table et deux chaises, on en sortait pareil. Rien n'est utilisé à bon escient, le lieu, l'époque...

 Le plus grave vient du couple. Sur le papier, on suit deux personnages tellement antipathiques que la mort de l'un deux à la fin du film n'émeut même pas. Lui, cadre étriqué dans un boulot qu'il hait, qui n'ose pas tout plaquer pour se chercher quelque chose de meilleur, qui suit les traces de son père alors qu'il avait juré de ne jamais le faire. Ce personnage est touchant car il parle à chacun de nous : quelqu'un dont les rêves se sont brisés mais qui assume sa vie monotone afin de faire vivre sa famille. Mais son inaction est rébarbative, sans parler des poncifs scènaristiques : au moment où il décide de tout plaquer pour partir à Paris, son supérieur lui offre une place en or ! Incroyable, non ?
 Elle, actrice ratée, mère de famille qui joue son rôle sans conviction, et qui va porter toute sa frustration sur son époux qui n'osera pas aller jusqu'au bout de son idée à elle en l'agonisant d'injures et de reproches.
 Bref, deux personnages dont tout est fait pour nous les montrer sous des jours détestables et dont aucun cliché ne nous sera épargné (ils se trompent l'un l'autre, lui sombre dans l'alcool, elle le bat froid...), personnages interprétés par deux excellents acteurs au demeurant mais qui, ici, course à la statuette dorée oblige, nous la jouent digne des chargeurs réunis. Leonardo fronce son visage au maximum pendant une bonne moitié du film pour montrer qu'il est très en colère (merci la gym faciale !) et Kate oublie la sobriété au vestiaire pour se transformer en Alain Delon femme. Seul point positif, l'acteur qui joue l'handicapé mental, véritable crève abcès de l'histoire, très juste. Mais au bout du compte, on finit par avoir envie de faire comme le vieux monsieur dans le dernier plan : couper le sonotone pour ne plus rien entendre.

 Pour résumer, on a un film qui ne raconte rien, joué par deux acteurs voulant être consacrés et qui en font autant que tout le reste du casting, filmé par un réalisateur qui est persuadé de faire un film puissamment dramatique et sans concession (Mon Dieu, des scènes de sexe dans la cuisine et la voiture mal filmées avec une photo moche ! Ciel, une paire de seins qui apparaît une seconde à l'image ! Par tous les saints, une femme qui procède à un auto-avortement filmé avec une poésie de comptoir !) et qui provoque un partage critique complètement sexué : les filles trouvent le mari salaud, égoïste, injuste et lâche et épouse le combat désespéré de sa femme, tandis que la frange masculine (qui se demande ce qu'elle fout là, dans cette salle) a REELLEMENT envie que le mari continue de sauter sa secrétaire, qu'il plaque cette famille asphyxiante et que sa femme se prenne un piano sur la tête. Les Noces Rebelles, un film sexiste ? Et tout ça pour quoi ? Pour une brouette d'Oscar ! Du moins, je ne vois pas d'autres explications. Parce que si le film n'a pas été fait avec cette option dans le viseur, c'est une faute de goût absolue ou une mésentente artistique effroyable. TOUT est un appel clignotant à cette cérémonie : le jeu outré, le rôle invariablement dramatique, l'aspect "vieux drame d'antan" à la naphtaline, la mise en scène d'un classique neutre, la réflexion naze du couple, du temps et tralala...

 Et qui avons-nous en face ? Meilleur acteur : Brad Pitt en homme rajeunissant (2h40 sur une réflexion sur l'amour, le temps, la mort...), Sean Penn dans le rôle d'Harvey Milk (porte-parole de la communauté gay qui fut abattu, inutile d'en dire plus...), Frank Langella pour son rôle du journaliste Frost qui interviewa Nixon lors du scandale du Watergate (drame historique, histoire vraie, combat du journalisme indépendant...), Richard Jenkins pour The Visitor (beuh...) et Mickey Rourke qui revient d'entre les morts pour The Wrestler (une star du cinéma catch déchue qui revient d'entre les morts pour un dernier film combat...). Bref, le premier qui me trouve un rôle comique ou avec des variations dramatiques dépassant le cadre du "je joue sérieux et sobre car je suis un grand acteur", laissez un commentaire, je me sentirai moins seul. Remarquez, pour la compétition femme, on baigne dans les mêmes eaux puisque Meryl Streep incarne une femme dans les années 60 qui va tenter de faire accuser un prof de sport pédophile dans une société rigide et figée par rapport à la femme et tout ça et je continue pas, vous connaissez la suite...

 Pourquoi la comédie est-elle constamment passée comme un produit négligeable ? Pourquoi considérer constamment que faire une comédie est une chose facile, que les acteurs bossent moins parce que c'est rigolo ? Ou que l'équipe a moins de mérite ? En quoi cette grosse boursouflure de Noces Rebelles vaut-elle plus qu'un film des frères Farrelly (qui eux aiment leurs personnages) ? Il faudrait peut-être se mettre dans la tête que réaliser une comédie est aussi difficile que n'importe quel film, que c'est un travail à prendre au sérieux, que ce n'est pas évident... comme tous les films. Et que les mauvaises comédies polluent les écrans autant que les mauvais drama, stars ou pas dedans.

 Long live Clint Eastwood !!!

 Bonne nuit...

Commenter cet article
S
Pas mal.... mais pourquoi tu raccontes la fin du film ?
Répondre
C
Ce qui est bien avec ton blog, c'est qu'il me permet de rattraper mon néant culturel en cinéma (puisque je n'y vais jamais), merci !!!
Répondre