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Déclaration à l'inconnue

Publié le par Buster Casey

 Tu es assise devant moi. Cela va faire cinq bonnes minutes que nous n'avons plus parlé et tu me regardes de cette façon qui me trouble toujours autant. De cette façon dont je ne perçois jamais les véritables enjeux. Je sens que je devrai faire un geste, un mouvement, placer une pièce ou une repartie drolatique dont j'ai le soi-disant secret. Je devrai être drôle et détendu, t'assommer t'enivrer de paroles, te faire croire que je suis un garçon respectable.

 Mais j'en suis incapable face à toi. Je suis nerveux, tendu, mal à l'aise. Chaque parole me rapproche du gouffre parce que je ne fais rien que je voudrais vraiment faire à cet instant. A savoir te prendre les mains. Caresser tes joues. T'embrasser sur le front. Te serrer contre moi. T'embrasser. Non pas parce que c'est romantique mais juste parce que j'en ai envie.

 J'aimerai te dire tant de choses afin de casser définitivement cette tension palpable que je sens entre nous, dès que nous sommes proches. Ne plus me contenter d'une discussion de politesse. En fait, si j'avais du courage, je te dirai... Je te dirai...

 D'abord, je te dirai que je ne t'aime pas. Tout simplement parce que je ne te connais pas. Ton sourire, ton regard, ton charme ou ton caractère forment un tout adorable qui me rend fébrile. Cette fébrilité qui, inconsciemment, me pousserait à te prendre dans mes bras. Mais cette histoire n'en est pas encore là parce que le charme et les manières adorables cachent souvent des caves intérieures mal éclairées. Des personnalités mal digérées, des comportements incompréhensibles, des justifications fictives... Des ombres que je ne souhaite plus combattre parce qu'elles font trop écho aux miennes. Et que je sais ce que j'y laisse à chaque fois que j'y succombe.

 En fait, si j'avais du courage, je te dirai que nous devrions tenter notre chance tous les deux. Essayer de voir si ça marche. Évacuer le romantisme. Vivre le quotidien. Développer. Tenter de survivre.

 Je devrai avoir le courage de te dire ça plutôt que de l'écrire dans un petit blog minable. Te dire que le romantisme ne fait pas une vie, ni un quotidien... mais que je me damnerai pour un baiser. Pour être celui qui ferait battre ton coeur. Et que vivre avec toi me fera vivre avec moi, enfin. Et que ton amour sera un acte de foi, un acte aveugle, un acte de courage face à un homme qui pourra tout donner comme tout te reprendre. Un homme dont l'indécision est une logique de vie. Un homme qui, à un moment certain, se brisera complètement devant toi, parce que c'est comme ça, parce que le démon qui lui dévore le coeur grandit chaque jour qui passe et qu'il n'arrive plus à le combattre. Et ton amour devra être un acte de patience et de compassion pour ramasser tous les morceaux et l'aider à se reconstruire, bien, en mieux, en plus fort.

 Tu devras apprendre à aimer quelqu'un qui ne s'aime pas. Une personne qui n'arrive plus à communiquer tellement il se broie lui-même. Tellement il a honte. Tellement il se colle une pression délirante qui le fait déjanter. Tu devras apprendre à aimer un parfait connard, stupide et arrogant, qui fustige, juge, assassine, boude et bat froid parce que son orgueil ou son ego auront été bêtement froissé. Un nabot de la vie qui a besoin d'un tabouret pour se voir grand. Un lâche qui fuira devant ses responsabilités, trop peureux d'assumer ses propres erreurs et préférant les rejeter sur les autres. Tu devras porter un fardeau mal dégrossi qui distille son spleen comme un alcool rare. Car ton acte d'amour devra être un acte de masochisme. Apprendre à supporter les sarcasmes, l'humour à froid, les rebuffades, les marques de mépris, la jalousie larvée... Supporter un homme qui souhaiterait se tailler les veines plutôt que de changer, plutôt que d'avouer sa peur. Qu'il n'est rien d'autre qu'un gamin effrayé par le noir, les gens, lui.

 Mais si ton amour est fort, si nous parvenons à nous survivre l'un l'autre, si notre auto-destruction déraille... Tu aimeras un homme qui sera prêt à te suivre. Qui ne rechignera jamais à ton bon vouloir (si tu lui bottes le cul une fois sur deux !). Ton acte d'amour mettra en marche un système qui n'a jamais servi mais qui est flambant neuf. Ton acte d'amour sera un acte de patience. Au bout, tu découvriras un homme patient, hyper-sensible, ouvert à la discussion. Un homme cultivé (n'importe comment mais bon, la culture est vaste), curieux et qui a autant de bonheur à partager ses passions qu'à en découvrir de nouvelles. Un homme qui n'aura de cesse que de manier son humour pour pouvoir te faire rire. Un homme qui ne comptera pas le temps passé avec toi, avec tes petites manies, tes habitudes, tes coups de gueule, tes problèmes, tes coups de blues... Parce que mon acte d'amour sera aussi un acte de foi, de courage, de masochisme et de patience. Et peut-être... Peut-être... Je pourrai te dire : "Finalement, c'était pas si compliqué !"

 Tant que cette histoire durera, tant que j'essuierai tes colères (justifiées), tant que j'aurai cette motivation d'être près de toi, tant que j'étranglerai ce petit con qui vit en moi, je t'aimerai, belle inconnue. Mon romantisme ne sera pas un romantisme fait de jonquilles et de roses agréablement parfumées, au son d'une musique de violons par une nuit brillante d'étoiles. Mon romantisme sera plus proche d'un bouquet de fleurs mal en point, tenu par des mains sales au son d'une guitare saturée par une lampe halogène. Mais cet amour sera intact et identique.

 Mais normalement, le temps que je dise tout ça, tu seras déjà partie...

 Bonne nuit...

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C
Le hasard a fait que j'ai lu ton post sur "veneno para las hadas" de Steven Wilson...... Mais je n'ai pas eu besoin de ça pour être émue.
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B
<br /> Merci. Et, sans faire le forcing, achéte cet album...<br /> <br /> <br />
S
. . .
Répondre
B
<br /> Pareil...<br /> <br /> <br />