Terminator Renaissance de McG
Pour le cinéphile un tant soit peu averti, la saga Terminator peut aisément se placer en tant que morceau important de la culture cinématographique américaine. Le premier opus
avait permis de dégager un jeune réalisateur nerveux et pétri de talent, James Cameron, qui, avec une poignée de dollars, avait réussi à asseoir le public en lui faisant croire que son film
S-F/Action en valait le double. Exigeant, colérique et tyrannique sur le plateau, Cameron est un orfèvre qui vit le cinéma et cherche sans arrêt à repousser les limites de son art. Grosse
taloche en 1984, Terminator rentre rapidement dans ses frais et lance, accessoirement, la carrière d'un jeune acteur bodybuildé au nom imprononçable, Arnold Schwarzenegger. Le film
suivant de Cameron, Aliens, mettra encore plus en évidence aux yeux du monde le talent insolent du bonhomme. Là encore, avec un budget riquiqui mais une science diabolique du
cadrage et du montage, Cameron fait des merveilles et livre un film de guerre halluciné, loin de l'ambiance claustro du premier film.
En 1991, Cameron, échaudé par la douche froide critique et publique que lui a valu son chef-d'oeuvre Abyss, met en chantier la suite de Terminator. A l'époque, le film
explose le budget et devient le film le plus cher de l'histoire du cinéma... pour 100 millions de dollars. Pour l'anecdote, son prochain film, Avatar, prévu pour cette année, en
coûtera 300. Bref, les coudées franches pour faire son film, le réalisateur balance une torgnole cinématographique intense. Parce que quand Cameron injecte 100 millions de dollars dans un budget,
cela se voit à l'écran. Inventant pratiquement des effets spéciaux inédits jusqu'alors, T2 détruit le box-office et s'impose comme un film d'action impressionnant, hautement
réflexif et émouvant, une véritable pierre angulaire du genre qui garde toujours la barre très haut.
Autant dire qu'aux commandes de Terminator 3, Jonathan Mostow n'était guère fier dans ses couches. Cameron ayant laché l'affaire pour d'autres projets, beaucoup voyait cette suite
d'un très mauvais oeil. Mostow ne se prend pas la tête, sachant qu'il ne fera pas mieux que son prédécesseur et que les fans ne lui laisseront aucune chance. Il décomplexe alors le film en
livrant un opus hautement bourrin à la finalité extrêmement pessimiste, là où T2 laissait planer un véritable espoir. L'accueil critique sera mitigé mais il faut reconnaître des qualités
à cet épisode, notamment ses scènes d'action, quelques effets gores discrets mais présents et un humour à froid des plus réjouissants. D'autant qu'il fera assez de pognons pour donner des
idées à des producteurs moins frileux sur les concepts artistiques.
Ainsi, en 2009, Terminator Renaissance sort en salles. Et le monde tremble. Si l'absence de Schwarzy (depuis qu'il est devenu über governator) arrive à s'expliquer
scénaristiquement (nous sommes en pleine guerre des machines, plus besoin d'androïdes déguisés en humains), elle laisse un goût amer dans la bouche des fans. Mais moins amer que le nom du
réalisateur de ce quatrième épisode : McG ! Pour tous ceux qui découvrent le cinéma à la télévision, McG est l'improbable réalisateur qui a infligé au monde deux ... absolues : Charlie Et Ses
Drôles (?) De Dames et sa suite. Pas que ces films soient des merdes fumantes (mais c'est pas bon, ok !) mais McG aux commandes d'une telle saga, ce serait comme donner Star
Wars aux frères Farrelly. Comment ? C'est le cas ? Non, vous êtes méchants, là...
Bref, c'est le noeud dans le bide et les mains moites que j'agrippe mon fauteuil au commencement de générique. Sachant en plus que le film s'est payé un classement PG-13 américain (cad
expurgé de trop de violence, de sang, de gros mots et autres petits détails) là où ses prédécesseurs étaient classés R (cad avec de la violence, du sang, des gros mots et autres détails qui font
la différence), je m'attends à un bouillon.
Et puis non. Un petit miracle a lieu. Déjà par le ton du film. Une image charbonneuse, sale et désaturé. Zéro humour (ou à peine). Un héros pas si sympa. Une ambiance d'apocalypse bien
rendue. Et une grosse bonne idée qui est censée être la surprise choc du deuxième tiers et que la bande-annonce fout en l'air en 20 secondes ! Et surtout un acteur qui vole la vedette à Christian
Bale (John Connor quand même, merde !) : Sam Worthington qui trimballe une carrure respectueuse, une aura à la Bruce Willis et qui la joue à l'économie. Tout l'inverse d'une réalisation qui a la
tête dans le guidon, obsédé par l'image qui pulse, le plan-séquence bien difficile et tordu (la scène de l'hélico) et la grosse action qui arrache.
Au rayon défauts, on subit les clins d'oeil lourdingues aux fans de la saga en visant T2 à outrance, histoire de se donner une intégrité. Et là, tout y passe : "Je reviendrai", une
scène dans une usine de construction de robots calquée sur T2, une apparition en synthèse de la trogne de Schwarzenegger, j'en passe et des meilleures. Sans parler de l'habituelle idée
de tuer un membre de la famille Connor (aujourd'hui, le père) pour changer l'histoire, ce qui, à force, risque d'entraîner un sérieux méli-mélo au niveau scénario. Jouer sur les paradoxes du
temps, c'est bien mais à tirer à la ligne, ça peut gâcher. Et gros défaut (majeur selon moi), la totale perplexité face au traitement du personnage de Sam Worthington. Présenté comme un humain
condamné à mort en 2003, il réapparaît mystérieusement en 2018. Pourquoi ? Comment ? Le film entretient savamment son intrigue jusqu'au rebondissement (demi)surprise. En fait, c'est un robot mais
il ne le sait pas lui-même. Wouââ !!! Et c'est tout, le reste de l'histoire se déroulant dans un enfer de flammes et de métal, le conflit interne homme/machine fait serrer quelques dents, fait
ressurgir une humanité disparue (hommes, machines, même combat) mais le thème est effleuré. Frustrant quand on sait que Jonathan Nolan qui a écrit le scénario et que l'homme s'était brillamment
illustré avec son frère sur The Dark Knight pour offrir une réflexion puissante sur le Bien et le Mal. Là, le film se plante sur un final foiré complet concernant ce personnage dont on
ne saura toujours rien, ni quoi ni comment.
Bilan mitigé donc. Le métrage n'est pas la purge prévue mais ses bonnes idées ne sont pas exploités et tournant carrement à l'eau de boudin dans le final. Vu ses bons résultats, inutile de
dire qu'un 5 est prévu. Attention au scénar, les gars, y'a de la sortie de route dans l'air...
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