Comme promis, compte tenu d'un choix impossible à faire et de la volonté à respecter une demande pressante d'une amie lointaine, voici la deuxième partie d'un projet qui aura ma peau. Trêve
de bavardages stériles, mesdames zet messieurs, accueillez comme il se doit Mes 15 Albums Marquants Part 2 :
Black Sabbath : Paranoid
Découvert très tardivement par votre serviteur mais volontiers cité par TOUS les groupes de heavy metal du cru, Black Sab' est le géniteur de tout le mouvement musical que
nous chérissons aujourd'hui (oui, même toi qui écoutes Lady Gaga !) et dont les riffs fertiles ont ensemencé 98% des formations passées, présentes et futures. Bien qu'empreint d'un fort héritage
blues et nanti d'une pochette hideuse, Paranoid, deuxième album du combo est un best-of à lui tout seul. Pratiquement tous repris depuis, chaque morceau invente et
réinvente le metal moderne. Du lourd de chez lourd (Iron Man, Electric Funeral) à la ballade
acoustico-mélancolique (Planet Caravan) en passant par le tube (Paranoid), Black
Sabbath transcendait, en 1970, un style balbutiant. Moins progessiste et chiant qu'un Led Zeppelin, moins symphonique et psychédélique qu'un Deep
Purple, le groupe plombe définitivement un courant musical naissant, porté par les riffs diaboliques de Tony Iommi, la basse de fer de Geezer, la batterie-enclume de Bill
Ward et la voix inédite de Ozzy "Lord Of Darkness" Osborne, entre plainte et démence. Si le groupe connaitra par la suite de nombreuses vies, il est le seul et unique créateur du genre.
Point.
Sex Pistols : Nevermind The Bollocks
Contre réaction à un rock technique et devenu vaguement élitiste (Led Zeppelin en tête), le punk est un cri musical indissociable de son héritage social. La misère, le
chômage, la précarité et un avenir sombre furent le terreau nécessaire à la naissance d'un rock radical, jetant les prouesses musicales aux orties pour revenir aux bases : du son, de la révolte,
du bordel ! Chef de file de ces musicos venus de nulle part et ne sachant pas jouer de leurs instruments, les Sex Pistols furent le météore cristallisant toute cette anarchie et
cette frustration accumulées. Laids, grossiers, approximatifs et revanchards, armé d'un skeud au titre fleuri (en gros, "on s'en bat les couilles !") et porteur de titres phares du rock dont le
moindre punk aurait vendu sa crête au diable pour la moitié de ces hymnes (Anarchy In The U.K., God Save The
Queen, Holidays In The Sun, No Feelings et tout le reste), cet unique album reste et restera comme un
glaviot gras et poilu craché au visage du music business, des costards cravates et de la monarchie. Cramé d'entrée par un producteur véreux, le groupe explosera en vol, laissant Sid Vicious sur
le carreau de la postérité. La marque des légendes pour un one shot intemporel.
Iron Maiden : Powerslave
Quand on se dit fan de Metal, il y a des passages obligés. Iron Maiden en est un ! Ainsi, si un glandu vous bourre le mou de sa passion "métal" et vous assène qu'il n'aime
pas Iron Maiden, collez une baffe à cet imprudent et jetez-le aux orties, ça lui fera circuler le sang ! Maintenant, que dire sur cette légende vivante du Heavy Metal qui n'ait
pas déjà été dit ? Que Steve Harris est un compositeur génial, que Bruce Dickinson est l'un des meilleurs frontmans de tous les temps, que le groupe a en son sein deux des plus fines gâchettes
guitaristiques, que le groupe a signé des albums de référence dans le genre que nous chérissons, qu'il a aligné un nombre de tubes intouchables à vous foutre le vertige ? Toujours imité, jamais
approché ? C'est vrai, que dire sur le plus grand groupe de heavy metal du monde ? Ben... Que s'il faut en choisir un, votre serviteur choisirait celui-ci. De sa pochette sublime à la tournée
pharaonique qui s'en suivra, Powerslave est l'album qui a mis Maiden sur orbite pour ne plus l'en faire redescendre. Musicalement, on n'en est même
plus là : les cinq atteignent un tel niveau que c'en est indécent. Pas une seconde de perdue, aucun titre en trop et une pièce maîtresse (Rime Of The
Ancient Mariner) de 13 minutes qui clôt un véritable chef-d'oeuvre. Quant à ceux qui n'ont pas vu la lumière, laissez-les dans leurs orties...
Slayer : Reign In Blood
1986. Depuis quasiment quatre ans, la scène Thrash se développe. Née des déflagrations impies de Venom, cette version accélérée et sans pitié du heavy metal fait des
petits. Anthrax a porté le premier coup avec Fistful Of Metal, suivi de près par Metallica et son évocateur Kill'Em
All, puis Slayer avec son non moins évocateur Show No Mercy avant que Megadeth ne ferme le bal avec Killing
Is My Business... And My Business Is Good ! Même si moultes autres formations apparaitront par la suite, ces quatre-là formeront les fameux Big 4 ou les quatre cavaliers de
l'Apocalypse du genre (A noter l'exxxxcellent DVD sorti l'année dernière dont je vous parlerai peut-être un jour !). Bref, depuis quatre ans, toutes ces formations sortent des albums impeccables
et ouvrent une nouvelle voie au metal. Mais, en 1986 donc, Slayer décide, sciemment ou non, de ne plus partager le trône et de porter seul la couronne. Cette revendication prend
alors la forme d'un album, Reign In Blood. Et c'est le traumatisme auditif ! Il suffira au groupe de 28 petites minutes pour asseoir sa suprématie avec un disque où
tout va trop vite, véritable avalanche de riffs, de cassures rythmiques, de soli savonettes et de VITESSE, portée par un batteur qui entre d'emblée au panthéon des plus grands. Attentat sonore
dont la polémique engendrée ne s'éteindra jamais, à cause de textes férocement morbides, Reign In Blood a pris 50 ans d'avance
sur tout le monde, tuant la scène d'un coup. Avant, il y avait des groupes de Thrash. Après, il y a eu des groupes qui faisaient ce qu'ils pouvaient. Et au milieu, plus rien !
Nirvana : Nevermind
Dans la famille "classique", je demande le fils. Obscur groupe de rock énervé, auteur d'un premier album assez bruitiste et brouillon très inspiré par les cousins de Sonic Youth
et enregistré pour 650 $ selon la légende, Nirvana aurait dû connaître un succès d'estime grandissant avant de devenir une formation culte vénérée une fois le groupe dissous.
Manque de bol pour lui, leur leader Kurt Cobain deviendra le héros d'une adolescence angoissée, souffrante et mal dans ses pompes... comme lui ! Loin d'un attirail glam flashy typique du
rock fin 80, Nirvana (et sa suite) allait remettre en avant les fringues trouées et le pantalon qu'on sort même pas pour les poubelles. Mais aussi balancer une grenade
dégoupillée dans un paysage musical en total décalage avec les angoisses qui étreignaient la jeunesse à l'aube de la nouvelle décennie. Guitare rugissante, basse fuzz et batterie de bucheron
mettent en musique un spleen inédit dans une Amérique fric. Manifeste rock dans toute sa splendeur, sujet à polémique débile entre métalleux mongolos qui ne parlaient que de technique et de
rockeurs crétins qui suivaient le sens du vent, avalanche de hits prouvant que l'équipe savait composer des CHANSONS, Nirvana, en un single
bien balancé, entre en osmose totale avec son nom. Des cîmes que Kurt Cobain paiera au prix fort, après nous avoir donné d'autres excellents albums. Rançon cruelle pour une gloire éternelle.
Mais putain, quel album !!!
Rammstein : Mutter
Ils sont allemands, chantent dans la langue de Goethe, pratiquent un métal industriel martial et mettent, au sens propre, le feu sur scène. Après deux albums, un live explosif et un
monumental coup de pouce de David Lynch qui les incluera dans la B.O. de son film Lost Highway, les propulsant sur le devant de la scène, Rammstein sort ni plus ni moins
que son meilleur album à ce jour. Prouvant au reste du monde que l'on peut avoir du succès à l'international sans obligatoirement avoir recours à l'anglais, Rammstein a décroché
la timballe à force de travail. Il a ajouté quelques grammes de finesse dans sa mixture, rehaussé les mélodies, durcit le ton là où il fallait tout en gardant son identité. Beau et glauque,
violent et épique, incroyablement pop avec un son de tank Panzer, Mutter prouve avec éclat que le groupe peut toujours signer des tubes fédérateurs (Sonne et Ich Will qui donneront par ailleurs les deux meilleurs clips du groupe) emplis d'une émotion
trouble, tout en flirtant avec le second degré et les sujets sensibles (la Mort, la sexualité, le transexualisme, la drogue... ce qui nous change de la pédophilie, du meurtre et de la sodomie des
albums précédents avant d'aborder de front l'homosexualité, la baise et le cannibalisme sur les suivants). Quand on sait les relations houleuses et tendues qu'entretiennent les membres à chaque
enregistrement, la qualité qui en ressort tient du miracle, tant l'album produit un effet de passage en boucle sur la platine. Loin de moi de dénigrer l'excellence du travail accompli sur les
disques suivants, d'authentiques réussites, mais jamais le groupe ne retouchera un tel niveau.
Swallow The Sun : New Moon
Carrière interessante que ce groupe qui nous vient du nord de l'Europe. Pratiquant un doom/death d'école, Swallow The Sun nous délivre deux premiers albums bien comme il faut, à
la production propre et aux chansons carrées. C'est posé, c'est en place mais... l'alchimie prend peu. Le succès grandit néanmoins et surtout, le groupe mûrit. Après un
Hope à faire passer My Dying Bride pour un groupe de reprises de La Compagnie Créole, arrive New Moon. Dès le
premier morceau, These Woods Breathe Evil, c'est la grosse baffe. Une puissance écrasante menée par un tempo enlevé, un chant
diabolique et une mélodie omniprésente mettent les choses au clair : on ne rigole plus. Et on ne rigolera pas une seconde tout au long de cet album sombre où la lourdeur n'occulte jamais la
fragilité des mélodies et la palette vocale étendue du chanteur, alternant growl et chant clair délicat (Falling World ou New Moon et son refrain au bord du sanglot). Une puissance émotionnelle très forte se dégage de ce disque remarquablement digeste compte tenu du genre
dans lequel il évolue (le doom/death pouvant vite virer au rébarbatif), puissance qui trouve son apogée dans un monumental Weight Of The
Dead, à l'ouverture hystérique et à la conclusion radicale de tragédie, cortége funéraire musical rythmé au son d'une cloche atone et d'un choeur lugubre. Le voyage est sans retour mais
il est magnifique.
Faith No More : Angel Dust
Si un groupe mérite amplement l'étiquette de fusion, c'est bien lui. Inclassable, mélangeant allégrement metal, pop, claviers, chants indiens, chorale d'enfants, piano jazz, vocaux hystériques...
La surprise est totale d'un morceau à l'autre, un éclatement musical qui a été critiqué à sa sortie, certains spécialistes ronchons pestant du manque d'homogéneité du disque. Mais pouvait-il en
être autrement d'un groupe qui a toujours chamboulé les codes et dont le précédent titre de gloire, Epic, invitait chant rap, refrain pop et
guitare quasi-maidenesque au sein d'un même morceau ? Faith No More ose tout et ne se refuse rien, marque de fabrique de leur son. Iconoclaste jusqu'au bout, la bande reprendra
le Easy de Lionel Richie et I Started A Joke des Bee Gees
version crooner. Mais le carton planétaire n'attendra pas ces reprises jugées opportunistes par quelques mal-éclairés venant après la bataille. Midlife
Crisis passe en boucle sur MTV, avec sa rythmique tribale, son ambiance étrange et son chant de taré et c'est le début de la gloire. Une gloire qui se batira au terme de tournées
harassantes et de première partie de luxe (Metallica et Guns'N Roses, à qui ils collent une rouste un soir sur deux). La suite est dans le ton : le guitariste
hirsute se barre, l'album suivant appuie encore plus sa difference. Mike Patton, leur exceptionnel chanteur, lancera une multitude de projets tous plus fous les uns que les autres. Le groupe a
splité, s'est reformé pour une tournée mondiale... Que dire d'autre ? Qu'Angel Dust est un chef-d'oeuvre !
Steven Wilson :
Insurgentes
Oui, stop, arrêtez de crier !! Je ne vais pas en rajouter plus encore sur ce disque dont j'ai déjà du vous parler 132 fois. Pour une chronique et des sentiments plus détaillés, je vous renvois
directement ici et là. Sinon, ce sera juste le
meilleur album que vous écouterez de votre vie. Hein ? Et l'album de Lady Gaga ? Ouste ! T'es pas sur Skyblog, là !!
Shining : V
(Halmstad)
Même si la photo a été "noirci" pour éviter un scandale, un procés, une censure et quelques atermoiements, l'idée est là : suicidez-vous ! Plus choquant qu'une image gore avec des zombies
cannibales, Shining nous renvoie dès la pochette à nos instincts et à nos sentiments les plus sombres. Et musicalement, c'est encore pire. D'un black metal ralenti et
crasseux du début, le groupe et son maitre à penser dérangé Niklas Kvarforth a grandi et évolué musicalement. Et V : Halmstad est son pic et, paradoxalement, une
abysse. Celle où Kvarforth met en musique une dépression suicidaire absolue, mélange incandescent de guitares cradingues et de parties acoustiques déchirantes, d'un chant hystérique et de voix
claires remplies de larmes. Artiste borderline pronant l'auto-destruction et adepte des scarifications (pas une photo ou un concert où il ne se taillade pas les bras !), Kvarforth et SON groupe,
Shining, vous font plonger dans les ténébres d'un esprit dérangé. Un voyage torturé et tortueux à la puissance émotionnelle décuplée par les dites parties acoustiques capables de
fendre n'importe quelle armure, renforçant la négativité virale des morceaux. Un album aux contrastes tranchées, repoussant et fascinant, d'une dangerosité rare mais avec ce petit goût de
revenez-y impalpable. Compositeur de génie mais profondement perturbé, Kvarforth aura précédé la sortie de ce disque d'un petit scandale fumeux (il a disparu pendant 6 mois sans donner de
nouvelles avant de réapparaitre en plein concert du groupe, grimé comme à Halloween). Les albums suivants seront très bons, dont VII, absolument excellent même si
frustrant, mais aucun n'aura autant l'impression de vous tailler les veines comme celui-ci, créant presque à lui seul le courant de Suicidal Depressive Black Metal. Tout est dit...
Nine Inch Nails : The Downward
Spiral
Restons dans l'allégresse et les couleurs chatoyantes avec NIN. Point de black metal et de guitares heavy mais... des machines ! Beaucoup de machines ! Et pour les grattes,
oubliez les soli et autres performances du cru, on n'est pas chez Dream Theatre. Elles ne servent que de tapisserie au reste, rajoutant un peu plus de bruit à l'ensemble et sont
aussi sales que le T-shirt d'un chanteur de hardcore après un concert. Vu le succès confidentiel du "groupe" en France, alors qu'il écoulait des albums par camions aux States, et le peu de
curiosité musicale de mes camarades lycéens (qui marchaient aux branleurs stériles de manches), j'étais bien seul à adorer ce morceau de charbon. Car oui, noir c'est noir, avec
NIN, il n'y a plus d'espoir. Rien. Nada. Peau de zob. Musicien très perturbé, drogué mais farouchement génial, Trent Reznor met en chaos un mal-être insoutenable, une furie
débridée de machines électroniques pour exorciser ses démons intérieurs. Un combat presque perdu d'avance tant la noirceur du projet vous saisit à la gorge. Drogue, solitude, oppression,
dépression, sado-masochisme, suicide, mort... Trent Reznor nous fait tout le panel ! Et si quelques moments calmes permettent de respirer ça et là, ce n'est que pour s'enfoncer encore plus
l'instant d'après dans un déluge de sons mécaniques (Reptile mixé par Robocop) telle une véritable spirale négative entrainant le pauvre
auditeur vers une conclusion inévitable. Conclusion emmenée par un Hurt fané, passé, laissant Reznor exsangue et qu'on imagine pendu à son
micro, les veines ouvertes. Il faudra des années, un double album autiste (The Fragile) et une tournée épuisante avant que le leader de NIN sorte
enfin la tête de l'eau et developpe d'autres thématiques, d'autres sons et d'autres ambitions. En attendant, cet album froid comme la Mort fait figure de pièce maitresse dans son oeuvre.
Pearl Jam : Ten
Dès son premier album, Pearl Jam réussit le hold-up parfait en proposant un classique instantané ! Et je le dis car j'ai dû user mon lecteur à force d'écoute de cette pépite
de rock. Balancé dans le panier grunge comme tout un tas d'autres groupes qui n'avaient rien à voir musicalement, Ten reste une bombe dans le paysage musical du moment.
Si Nirvana explosait ses guitares dans son Nevermind, Pearl Jam tricote des mélodies et des chansons faussement simples. Le
niveau est élevé (sans être non plus du progressif, faut pas déconner !) et les musiciens touchent leur bille. Les deux guitaristes se complétent pour former un entrelac de riffs à siffler sous
la douche, le batteur est une vraie pieuvre et le bassiste suit sans peine. Mais surtout, tout cela ne serait rien sans ce qui a fait, selon moi, le succès du groupe : Eddie Vedder, le
chanteur. Un vrai chanteur avec du coffre et une palette d'émotions incroyables. Il ne beugle pas mais quelle puissance ! Et surtout, il tenait la corde live, ce qui n'était pas donné à tous ses
camarades. Concerts où le groupe était proprement intouchable tant l'énergie électrique et physique qui s'en dégageait était étourdissante. Un album de rock comme on en fait plus, sincère et
touchant, profondement ancré dans les angoisses adolescentes de l'époque, période où le rock savait traduire cette frustration avec de vraies chansons "populaires". Sur ce point, l'album aligne
un nombre de tubes frisant l'insolence quand il ne marque pas l'histoire du rock de son empreinte avec Alive et Even Flow, probablement deux des meilleures chansons jamais écrites, juste à coté de Smells Like Teen
Spirit et Would?. Par la suite, le groupe a suivi son chemin, sortant de bons albums mais loin, très loin de faire la moindre petite
trace d'ombre à celui-ci. Juste un peu immortel, quoi...
Alice In Chains :
Dirt
Autre larron dans la bande des quatre qui formèrent le mouvement "grunge", Alice In Chains est le plus heavy du lot. Grosse guitare bien lourde sur des chansons biens mastocs
hantées par le jeu de double voix du guitariste Jerry Cantrell et du chanteur Layne Staley. Et autant dire que ça cauchemarde sec dans ce deuxième album d'une des formations les plus sinistres du
genre précité. Si le grunge cristallisait les angoisses d'une jeunesse déboussolée à l'aube des années 90, Alice in Chains marque celles-ci du sceau du désespoir. D'une
incroyable noirceur et d'un ton sans appel, Dirt porte bien son nom. La Mort, la drogue, la rupture amoureuse, la perte du goût de vivre et le suicide donnent la
substance à une collection de chansons à forte majorité pesantes et, surtout, au fort potentiel anxiogène. Layne Staley vomit tout son dégoût et sa frustration dans des textes ne souffrant
d'aucune interrogation (Dirt). En fait, il n'y a guère de choses à dire autour de cet album tant il paraît évident, sincère et douloureux. Un
groupe qui ne se cache pas et qui ne prétend pas. Une honneteté qui se soldera par un carton mondial, une place au soleil et une chute vertigineuse, laissant le pauvre chanteur, drogué jusqu'à
l'os, sur le carreau. Encore un qui n'aura pas su dompter ses démons. A croire que les classiques définitifs se payent à ce prix...
Ministry : Psalm 69
Oeuvre charnière (pour ma pomme) dans sa carrière, jusqu'alors cantonné à n'être qu'un groupe industriel goth un peu trop timide (même si ses débuts
electroniques n'ont pas à rougir) et après avoir trempé un orteil timide dans l'indus légèrement plus sale avec The Mind Is A Terrible Thing To Taste,
Ministry nous fait une crise de croissance immédiate avec ce Psalm 69 de malheur. Et dès que retentissent les premières notes, l'auditeur innocent se
retrouve plaqué au mur, impuissant devant un tel déluge sonore. Triple couche de guitares au bord de l'explosion, vocaux carbonisés, batterie pilon, gavé ras la gueule de samples, indus martial
et noise terrible... Autant dire qu'en 1992, l'apocalypse avait pris vingt ans d'avance ! Même les groupes de Death Metal les plus furibards de l'époque n'arrivaient pas à rivaliser avec ce
véritable totem oppressant, tout entier érigé au Dieu du bruit. Bombe nucléaire dans le paysage indus, mélange toxique de métal prenant violemment à sec les machines (ou l'inverse, je ne sais
plus !), Psalm 69 est l'Attila musical de ce début de décennie. Encore plus fortiche, le groupe se paye deux classiques, le politique N.W.O. et son tempo hypnotique et le férocement binaire Just One Fix. Culte, classique, intouchable,
séminal et toutes ces sortes de choses. Le groupe continuera sur la voie de l'expérimentation, proposant des albums sans cesse differents mais toujours interessants avant de tirer sa révérence
avec son tryptique contre l'administration Bush Jr. Mais pour combien de temps ?
My Dying Bride : The Angel And The Dark River
Quand on décide de se donner comme nom de scène "Ma Fiancée Mourante", il est évident que les chansons sonneront plus comme une balade au cimetière du coin par un clair de lune de
décembre que d'une reprise du Tirelipimpon. Et c'est le cas avec ces tristes sires anglais, pratiquant un doom/death d'école. Comprendre :
pas de passages gentillets ou de mélodies guillerettes. Ce sera gris, triste et cafardeux. Maintenant, vu qu'il s'agit du dernier album chroniqué ici, je me dois d'être honnête : je n'ai jamais
écouté cet album en entier ! Déjà parce qu'il est particulièrement plombant, à faire pleuvoir dans votre salon ou votre chambre dès que le disque tourne dans la platine. Ensuite parce que le
morceau d'ouverture, The Cry Of Mankind, est juste à rester sans voix. Une mélodie entêtante répétée à l'envi, des guitares prêtes à
se pendre, un piano qui égrene ses dernières notes et quand le chanteur prend le micro, c'est la cerise sur le tube de tranxène : possédé, enregistré au fond d'un puit et récitant
d'une voix atone des paroles totalement déprimantes. Une telle pièce servie d'entrée et c'est tout le reste qui en pâtit ! Résultat, vidé et extenué par une cartouche de ce calibre, il reste peu
de force à l'auditeur pour continuer son périple. Non pas que le reste des titres soient moins bons... Mais ils ne sont pas de taille. Et vous non plus !
Ils l'ont dit sur ce blog