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Jeudi 2 juillet 2009


 Terminator Renaissance de McG

 Pour le cinéphile un tant soit peu averti, la saga Terminator peut aisément se placer en tant que morceau important de la culture cinématographique américaine. Le premier opus avait permis de dégager un jeune réalisateur nerveux et pétri de talent, James Cameron, qui, avec une poignée de dollars, avait réussi à asseoir le public en lui faisant croire que son film S-F/Action en valait le double. Exigeant, colérique et tyrannique sur le plateau, Cameron est un orfèvre qui vit le cinéma et cherche sans arrêt à repousser les limites de son art. Grosse taloche en 1984, Terminator rentre rapidement dans ses frais et lance, accessoirement, la carrière d'un jeune acteur bodybuildé au nom imprononçable, Arnold Schwarzenegger. Le film suivant de Cameron, Aliens, mettra encore plus en évidence aux yeux du monde le talent insolent du bonhomme. Là encore, avec un budget riquiqui mais une science diabolique du cadrage et du montage, Cameron fait des merveilles et livre un film de guerre halluciné, loin de l'ambiance claustro du premier film.

 En 1991, Cameron, échaudé par la douche froide critique et publique que lui a valu son chef-d'oeuvre Abyss, met en chantier la suite de Terminator. A l'époque, le film explose le budget et devient le film le plus cher de l'histoire du cinéma... pour 100 millions de dollars. Pour l'anecdote, son prochain film, Avatar, prévu pour cette année, en coûtera 300. Bref, les coudées franches pour faire son film, le réalisateur balance une torgnole cinématographique intense. Parce que quand Cameron injecte 100 millions de dollars dans un budget, cela se voit à l'écran. Inventant pratiquement des effets spéciaux inédits jusqu'alors, T2 détruit le box-office et s'impose comme un film d'action impressionnant, hautement réflexif et émouvant, une véritable pierre angulaire du genre qui garde toujours la barre très haut.

 Autant dire qu'aux commandes de Terminator 3, Jonathan Mostow n'était guère fier dans ses couches. Cameron ayant laché l'affaire pour d'autres projets, beaucoup voyait cette suite d'un très mauvais oeil. Mostow ne se prend pas la tête, sachant qu'il ne fera pas mieux que son prédécesseur et que les fans ne lui laisseront aucune chance. Il décomplexe alors le film en livrant un opus hautement bourrin à la finalité extrêmement pessimiste, là où T2 laissait planer un véritable espoir. L'accueil critique sera mitigé mais il faut reconnaître des qualités à cet épisode, notamment ses scènes d'action, quelques effets gores discrets mais présents et un humour à froid des plus réjouissants. D'autant qu'il fera assez de pognons pour donner des idées à des producteurs moins frileux sur les concepts artistiques.

 Ainsi, en 2009, Terminator Renaissance sort en salles. Et le monde tremble. Si l'absence de Schwarzy (depuis qu'il est devenu über governator) arrive à s'expliquer scénaristiquement (nous sommes en pleine guerre des machines, plus besoin d'androïdes déguisés en humains), elle laisse un goût amer dans la bouche des fans. Mais moins amer que le nom du réalisateur de ce quatrième épisode : McG ! Pour tous ceux qui découvrent le cinéma à la télévision, McG est l'improbable réalisateur qui a infligé au monde deux ... absolues : Charlie Et Ses Drôles (?) De Dames et sa suite. Pas que ces films soient des merdes fumantes (mais c'est pas bon, ok !) mais McG aux commandes d'une telle saga, ce serait comme donner Star Wars aux frères Farrelly. Comment ? C'est le cas ? Non, vous êtes méchants, là...

 Bref, c'est le noeud dans le bide et les mains moites que j'agrippe mon fauteuil au commencement de générique. Sachant en plus que le film s'est payé un classement PG-13 américain (cad expurgé de trop de violence, de sang, de gros mots et autres petits détails) là où ses prédécesseurs étaient classés R (cad avec de la violence, du sang, des gros mots et autres détails qui font la différence), je m'attends à un bouillon.

 Et puis non. Un petit miracle a lieu. Déjà par le ton du film. Une image charbonneuse, sale et désaturé. Zéro humour (ou à peine). Un héros pas si sympa. Une ambiance d'apocalypse bien rendue. Et une grosse bonne idée qui est censée être la surprise choc du deuxième tiers et que la bande-annonce fout en l'air en 20 secondes ! Et surtout un acteur qui vole la vedette à Christian Bale (John Connor quand même, merde !) : Sam Worthington qui trimballe une carrure respectueuse, une aura à la Bruce Willis et qui la joue à l'économie. Tout l'inverse d'une réalisation qui a la tête dans le guidon, obsédé par l'image qui pulse, le plan-séquence bien difficile et tordu (la scène de l'hélico) et la grosse action qui arrache.

 Au rayon défauts, on subit les clins d'oeil lourdingues aux fans de la saga en visant T2 à outrance, histoire de se donner une intégrité. Et là, tout y passe : "Je reviendrai", une scène dans une usine de construction de robots calquée sur T2, une apparition en synthèse de la trogne de Schwarzenegger, j'en passe et des meilleures. Sans parler de l'habituelle idée de tuer un membre de la famille Connor (aujourd'hui, le père) pour changer l'histoire, ce qui, à force, risque d'entraîner un sérieux méli-mélo au niveau scénario. Jouer sur les paradoxes du temps, c'est bien mais à tirer à la ligne, ça peut gâcher. Et gros défaut (majeur selon moi), la totale perplexité face au traitement du personnage de Sam Worthington. Présenté comme un humain condamné à mort en 2003, il réapparaît mystérieusement en 2018. Pourquoi ? Comment ? Le film entretient savamment son intrigue jusqu'au rebondissement (demi)surprise. En fait, c'est un robot mais il ne le sait pas lui-même. Wouââ !!! Et c'est tout, le reste de l'histoire se déroulant dans un enfer de flammes et de métal, le conflit interne homme/machine fait serrer quelques dents, fait ressurgir une humanité disparue (hommes, machines, même combat) mais le thème est effleuré. Frustrant quand on sait que Jonathan Nolan qui a écrit le scénario et que l'homme s'était brillamment illustré avec son frère sur The Dark Knight pour offrir une réflexion puissante sur le Bien et le Mal. Là, le film se plante sur un final foiré complet concernant ce personnage dont on ne saura toujours rien, ni quoi ni comment.

 Bilan mitigé donc. Le métrage n'est pas la purge prévue mais ses bonnes idées ne sont pas exploités et tournant carrement à l'eau de boudin dans le final. Vu ses bons résultats, inutile de dire qu'un 5 est prévu. Attention au scénar, les gars, y'a de la sortie de route dans l'air...

Par Buster Casey - Publié dans : Critiques navrantes
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Mercredi 1 juillet 2009

 Je ne pars pas en vacances, rassurez-vous. Mais comme j'ai beaucoup de posts sous le coude qui risquent d'être longs à écrire, je propose un petit espace de détente (hem...) avec une petite vidéo. Oui, je sais, ça fait longtemps. Et pour pas taper dans le médiocre, je vous propose une superbe vidéo d'un groupe français bien de chez nous (Bordelais pour être exact !). Voilà, c'est génial, c'est culte, c'est beau, oppressant et je les soutiens parce qu'ils sont énormes, gentils et plein de talents.

 Mesdames, Messieurs... GOJIRA !

          



 Bonne nuit...
Par Buster Casey - Publié dans : Rien à dire...
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Mardi 30 juin 2009

 Histoire de nous aérer un peu la tête depuis la mort de Bambi, pardon Mika Jackson (les Iraniens ne savent pas ce qu'ils ratent), nous allons jouer au fameux jeu du top 5, jeu de sadique initialement proposé par Mâââme Lizly. Aujourd'hui, c'est son frère, l'ignoble Héphaistos (le bâtard, y nique son PC) qui lance le défi du top 5 des meilleures ouvertures de film. En gros, la première séquence du film, celle qui marque, scotche et nous donne envie de rester jusqu'au bout. Une fois encore, le classement qui suit n'est pas synonyme d'ordre préférentiel...

 1. The Dark Knight de Christopher Nolan

 Bon ok, je commence par une bombe, un joyau noir, un référentiel pour les décennies à venir. Mais il faut se rendre à l'évidence : dès le début de son film, Nolan embarque le spectateur dans un rollercoaster éreintant dont le spectateur ressort à genoux. Et cette ouverture où une bande de gangsters masqués en clown braquent une banque (jusqu'à un final réjouissant) est proprement hallucinante de maîtrise de mise en scène et de montage. Une véritable horloge suisse cinématographique qui, au final de l'oeuvre, ne représente pourtant qu'une parcelle du talent général. Beaucoup de réalisateurs devraient baisser la tête...

 2. Les Aventuriers de L'Arche Perdue de Steven Spielberg

 Sachant qu'Héphaistos allait choisir (avec raison) Il Faut Sauver Le Soldat Ryan pour sa monstrueuse séquence du débarquement du 6 juin 1944 qui a traumatisé TOUS les films de guerre sortant après lui (faites le test : tout le monde l'a pompé !), je me tourne donc vers une autre séquence "historique" d'ouverture de film du même réalisateur. Première apparition d'un des plus grands héros cinématographiques de tous les temps, Indiana Jones 1 a eu un impact fatal sur la façon de faire des films, jusqu'à aujourd'hui et pour les années à venir. En effet, en une longue séquence menée tambours battants, Spielberg venait d'inventer la grosse scène d'action d'ouverture, phénomène que toutes les grosses productions nous servent encore aujourd'hui. En plaçant d'emblée son héros dans une situation désespérée et en ne lésinant pas sur les obstacles (flèches empoisonnées, grotte qui s'écroule, porte qui se ferme, boule de pierre, indigènes coupeurs de tête...), Spielberg pose ses enjeux, impose son style, délimite son terrain de jeu et crée en 15 minutes LE héros dont nous ne décollerons plus pendant deux heures et bien des années. Beaucoup de réalisateurs ont baissé la tête...

 3. La Horde Sauvage de Sam Peckinpah

 De la maîtrise de son art pour poser son film en 15 minutes à peine. De l'arrivée des "soldats" à la fuite de ceux-ci après une fusillade qui a ensanglanté la ville, le réalisateur pose d'emblée tous ses thèmes et met en garde ses spectateurs : ce ne sera ni beau, ni romantique, ni glamour. La violence qui habite les hommes ne trouve aucune justification, quelle que soit sa position par rapport à la loi, dans la mesure où les chasseurs de prime et autres personnes de justice sont pires que les bandits. Seul compte l'honneur, mis au-dessus de la loi. Flamboyant, funèbre et terminal. Pour la petite histoire, les spectateurs s'évanouissaient pendant la projection lors du carnage final. Nous étions en 1969.

 4. Trainspotting de Danny Boyle

 Peut-être pas l'ouverture la plus spectaculaire mais en tout cas la plus électrisante et la plus intelligente. On rentre immédiatement dans l'action par la fuite de ces deux petits marlous au son du Lust For Life d'Iggy Pop et du discours cynique en voix-off du héros. D'une même traite, Boyle impose le ton du film et ses personnages. Après, il raconte son histoire. Percutant.

 5. Reservoir Dogs de Quentin Tarantino

 Encore une ouverture séminale du genre. Une bande de costards cravate discutent autour d'une table de café. On commence avec une interprétation personnelle des chansons de Madonna, un détour sur un vieux carnet, K-Billie La Radio des Seventies pour finir sur l'utilité du pourboire. Finalement, ils se lèvent, quittent la pièce pendant que K-Billie nous balance un vieux titre. Générique. Fin du générique, un des gars pisse le sang à l'arrière d'une bagnole. Le film démarre et le puzzle peut commencer à s'assembler. Qui sont ces gars ? Qu'ont-ils fait ? Comment ? Pourquoi ? Dès son premier film, Tarantino explose les scores et fait mouiller toute une génération de cinéaste qui copiera sans honte s'inspirera de son travail. Sauf qu'il reste le seul à savoir manier l'art du dialogue et de sa difficile mise-en-scène. Il soignera et perfectionnera ses ouvertures à chacun de ses films suivants (Kill Bill notamment) mais il était difficile de ne pas signaler celui-ci.

 Bonne nuit...

Par Buster Casey - Publié dans : Cuuuuulte !!!! Non ?
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Vendredi 26 juin 2009

 Parmi les conneries sortant de la bouche des gens auxquels je dois faire face, il y en a une qui revient comme un boomerang : pourquoi j'ai autant de CDs ?

 Je vous ferai grâce de l'étendue de ma collection, de ma compulsivité d'achat ou de ce que je pense d'une déclaration aussi stupide. Mais je vais simplement répondre à la question. Mais avant, je vais vous demander de lancer le morceau qui suit en ayant pris soin de couper celui qui tourne en ce moment, afin d'éviter une cacophonie qui mettrait mon article en l'air.


 



 Vous entendez ? Vous écoutez ? Pas simplement en tant que bruit de fond idéal pour passer le balai, faire la vaisselle, récurer ses chaussures, remplir sa feuille d'impôts ou regarder le plafond. Est-ce que vous écoutez vraiment ce morceau ? Pas seulement avec vos oreilles ?

 J'ai entendu ce morceau pour la première fois dans les pires conditions qui soient : dans un magasin de musique. La sono à fond la caisse, des gens qui parlent et moi qui fouine dans les bacs à la recherche de quelques groupes de doom intéressants, tout en repensant à l'album que je venais précédemment d'écouter (Crack The Skye de Mastodon, un chef-d'oeuvre soit dit en passant...). Bref, un état d'inattention absolu et des morceaux qui glissaient sur moi comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Une semaine après, j'achetais l'album : Insurgentes de Steven Wilson (plus le Mastodon aussi...).




 Pourquoi, vous demandez-vous ? Pourquoi pas une deuxième écoute ? Tout simplement parce que le premier morceau m'avait tapé dans le système auditif primordial : le coeur. Alors que je n'avais pas le moindre souvenir du morceau, ni même du refrain ou quoi que ce soit, à part un entrelac de guitares, je passais en caisse. Et plus tard, dans l'intimité de ma chambre, un casque sur les oreilles, une fois le disque lancé, c'est le crash émotionnel. Le morceau d'ouverture m'envoie dans les cordes direct. Les notes, la chanson, la voix, l'émotion terrassante qui découle de tout ça trouvent un aller simple dans mon moi secret, sans barrières, sans obstacles. Comme un couteau brûlant s'enfonce tout seul dans du beurre, cette suite de notes me broie le coeur sans violence.

 Est-ce que vous entendez ? Est-ce que vous écoutez ? Pas simplement comme bruit de fond ou parce que c'est joli ? Est-ce que vous vous abandonnez totalement à ce morceau, au-delà du style, du genre, de vos habitudes musicales, de votre éducation, de votre entourage, de vos propres limites ?

 Fermez les yeux et ne pensez plus à ce qui vous entoure.
 Laissez la musique faire son travail.
 Ouvrez la porte, la porte où vous enterrez vos déchets intérieurs. Laissez-la s'ouvrir. Laissez sortir ce qu'il y a à l'intérieur.
 Vos peines, vos doutes. Vos regrets, vos remords, vos douleurs.
 Ne pensez même plus à ce que vous faites et pourquoi vous le faites. Oubliez le monde pendant 5 minutes. Oubliez-vous pendant 5 minutes. Laissez couler ce que cette musique remue en vous.
 Vos pleurs, votre solitude, votre peur. Votre rage, votre frustration. Vos couleuvres avalées, votre masque quotidien. Vos sentiments les plus négatifs.

 Normalement, au bout du bout, vous pourriez éventuellement sentir une petite boule au fond de la gorge. Vous pourriez vous sentir extrêmement bien aussi. Vous pourriez vous sentir mieux parce que l'émotion lave beaucoup de choses. Et vous pourriez aussi vous dire que cet album vous permettra de survivre un jour de plus de cette vie pourrie. Et que cet ensemble de sons a depuis longtemps remplacé le sang qui coule dans vos veines.

 Et puis... Vous pourriez très bien ne rien ressentir. Trouver cela joli et continuer de repasser vos caleçons. Continuer à vivre en vous foutant du meilleur album de 2009, 2008 et tout le début du siècle. Ou trouver cela nunuche, tarte, bruyant, trop triste bouh caca... et perdre ainsi le seul moyen de communiquer (totalement) avec moi. Et si, par malheur, la musique n'est vraiment pour vous qu'un bruit de fond, je n'ai définitivement plus rien à vous dire.

 Voilà pourquoi j'ai autant de CDs...

 Bonne nuit...

Par Buster Casey - Publié dans : Des fois, je m'emballe tout seul...
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Mardi 23 juin 2009

 Et si nous abandonnions un instant les rives de la pop sucrée et dansante, juste récompense à l'attention d'une jeunesse à mèche imbécile et de vieux groupes séniles voyant le moyen de se refaire sur le dos de ces mêmes moutons cités précédemment, afin de plonger, main dans la main, dans les eaux profondes de la dépression musicale absolue ? Les enfants, il est temps de mettre un pansement (de plus) sur votre inculture rampante en vous causant du genre musical le plus misérable au monde et d'un de ses plus dignes représentants. Je ne parle pas du gothique, ses crises existentielles baudelairiennes et ses hordes de gothpouffes. Nan ! Je vais vous parler lourd et sérieux. Je vais vous parler DOOM !

 Et déjà vous écarquillez les yeux : kessecé ? J'explique, car je suis patient...

 En règle très générale, la musique est rythmée par un tempo binaire (poum tchac) d'environ 120/180 BPM. Un mid-tempo comme disent les français qui se la jouent amerloque. Un rythme classique, de base, qui convient à toutes les chansons qui vous lavent bien la tête à la radio. Il permet de taper des mains, du pied, de la tête (pour les concerts très heavy) et voilà. Comme tout, dans les années 80, dans le milieu chevelu des cracheurs de décibels, il convenait d'accélérer le tempo et de faire péter le mid-tempo à papa. Le trash était né, des cendres et des relents du punk et du hardcore où s'ajoutait une bonne couche de metal. Metallica, rejoint par Slayer, Anthrax et Megadeth (la fameuse "bande des quatre") ont ainsi gravé dans le vinyle quelques perles bien speed, joué à fond de train en maltraitant la corde grave et les fûts de leur caisse tendue. Mais, comme tout mouvement a son contre-mouvement, beaucoup de groupes émergèrent en se réclamant le droit d'être tout aussi heavy mais en ralentissant le tempo. Le point commun de tous ces groupes ? Black Sabbath, ou les véritables géniteurs du Heavy Metal : lourd, fort, débarrassé de claviers superflus ou d'inspiration bluesy et s'enlisant dans des thématiques "sombres" (solitude, mort, suicide, satanisme, guerre...).

 Les générations suivantes n'oublieront pas ce funeste héritage et pousseront le bouchon un peu plus loin en ralentissant encore plus la vitesse. Le doom pousse ses premiers cris. A partir de là, il convient de raccourcir l'histoire (sinon ce post va durer 28 pages). Les fils spirituels du grand Black Sab' sont, à l'époque des 80's, Candlemass (et sa diva, dans tous les sens du terme, Messiah Marcollin) et Cathedral (dont le chanteur était à l'origine d'un autre mouvement émergent, avec Napalm Death, le grindcore). A l'emphase épique de l'un répondait l'écrasement de l'autre mais tous deux jouaient très clairement en-dessous de la vitesse autorisée. Plus tard, le doom ira s'égayer de sous-catégories : le doom-gothique, le stoner/doom (encore un héritage de Black Sabbath), le funeral-doom (l'extrême du genre, pour les nerfs très solides), etc...

 Autant dire, donc, qu'avec un C.V. pareil (lenteur et misére), voilà un genre musical voué à rester confiné dans un anonymat douillet. Jusqu'à la glorieuse année 2002 où un trio finlandais allait tout envoyer cul par dessus tête en terrorisant son monde avec un premier album, In The Rectory Of Bizarre Reverend. Ce groupe était Reverend Bizarre.

 Formé aux alentours de 1994 par les tristes sires Albert Witchfinder (chant, basse), Peter Vicar (guitare) et Earl Of Void (batterie), le groupe baignera dans l'underground longtemps avant de sortir une démo culte, Slice Of Doom (rééditée pour l'occasion avant leur deuxième album). L'effet dans le microcosme du doom se fait aussitôt sentir et le groupe crée tout doucement le buzz, notamment par une reprise effrayante d'un titre déjà effrayant de St Vitus, Dark World. Déjà, dans cette démo au son cru, le groupe assomme son monde par un doom originel, un véritable retour aux sources du genre et à Black Sabbath en particulier. Fans des pères spirituels, Reverend Bizarre se donne un but : redorer le blason terne d'un doom old-school, évacué de toutes pollutions musicales extérieures qui rendrait le style "confortable". Pour Sir Albert, le doom doit être lent et misérable. Et à la sortie de leur premier album, à l'entame même du premier morceau, Burn In Hell, la messe est dite ! Vocaux emphatiques, oscillant entre le déclamatoire et le raclement de gorge (Sir Albert est fan de black metal), basse vrombissante et virtuose, guitare maousse et batterie enclume : la formule fait que, malgré ses nombreuses références, Reverend Bizarre ne ressemble qu'à... Reverend Bizarre. Hormis de rares accélérations (pour un groupe de doom, s'entend !), le disque baignera le long de ses 74 minutes (pour six morceaux) dans une lenteur étouffante, le dernier clou du cercueil étant enfoncé avec le mamouthesque Cirith Ungol du haut de ses 21 minutes nihilistes. Remisant tout effet au placard et donnant une vision "lyrique" de la souffrance, du chaos et de la Mort, ce premier opus est décrit par son géniteur, Sir Albert, comme la "soul music de l'Apocalypse".

 Toujours est-il que ce bloc de noirceur indescriptible va profondément ébranler le monde de l'underground et du metal en général. Le succès est au rendez-vous et le groupe se voit signer chez Spikefarm, label finlandais regroupant en son sein les locomotives Children Of Bodom et Nightwish. Surfant sur cette vague, le groupe décide alors, histoire de faire patienter les fans, de sortir un mini-album... de 74 minutes !

 Harbringer Of Metal sort en 2004 et confirme la pesanteur tellurique du groupe et ses penchants destructeurs. La formule est la même mais poussée dans ses retranchements : intro à rendre fou, solo de batterie en plein milieu d'un morceau, courts instrumentaux planants, durée élastique des titres (plus de 20 minutes pour From The Void, 18 minutes pour The Wandering Jew) et textes apocalyptiques (The Wandering Jew narrant la Passion du Christ, que n'aurait même pas osé un groupe sataniste). Le menu se termine alors avec une reprise ultra-morbide de Burzum, Dunkelheit, qui arrive encore à provoquer la chair de poule chez votre serviteur. Par cet effort, Reverend Bizarre assoit sa notoriété... pour son plus grand malheur.

 En effet, la tête pensante du groupe, le grand clerc, le grand visionnaire, Sir Albert est à la fois la force et l'ennemi de ce groupe. Officiellement diagnostiqué maniaco-dépressif, anéanti par un divorce à l'âge de 25 ans qu'il n'a jamais vraiment digéré, cyclothymique et suivi par un lourd traitement, Sir Albert est un vrai tyran. Et alors que le succès du groupe s'accroît, sa dépression se creuse de façon irrémédiable. En plein divorce lors de l'enregistrement du premier album, soumis à une pression telle qu'il se retrouvait à hurler en plein studio tellement il n'en pouvait plus, la signature avec le gros label intervient alors qu'il est au fond du trou, rendant l'enregistrement du mini-album dangereuse pour les autres... et pour lui-même. Le groupe tient bon malgré tout mais ses tournées sont à l'image de leur leader : instables. Le pic est atteint lors d'un festival organisé par leur label et où le groupe s'acharnera à ne jouer que les titres les plus longs et les plus doom devant un public tétanisé devant tant de nihilisme.

 Plus d'une fois Sir Albert a menacé d'avancer le suicide programmé du groupe. En effet, parmi leurs objectifs, outre de redorer un style laissé pour compte, Reverend Bizarre s'était donné deux contraintes : cinq albums et une date butoir, 2010 ou 2012. Mais si plus d'une fois la dissolution du groupe a plané, la musique restant le seul endroit où leur leader peut se réfugier pour échapper un temps à son état maladif, la menace ne sera jamais mise à exécution. Ainsi, en 2005, sort le deuxième véritable album, II : Crush The Insects. Et c'est le choc ! Si l'album tape toujours dans les 73 minutes, il contient 8 morceaux (un record !). Ensuite, les premiers titres créent la surprise : du heavy-metal ! Du vrai ! Avec des choeurs, du gros riff qui tache et une cavalcade de batterie (hum...). Il faudra attendre le quatrième morceau avant de revenir à un doom plus traditionnel (de 11 minutes !). Hommage à la NWOBHM, le groupe parvient même à placer le titre Cromwell en tête des charts finlandais. Et pour la première fois, Sir Albert déclarera "aller mieux".

 La multitude de projets parallèles, les relations houleuses entre les membres, la maladie d'Albert et le fardeau que représente Reverend Bizarre pour lui emmènent logiquement à la dissolution définitive de celui-ci en 2007. Le groupe acceptera une ultime tournée et surtout la sortie d'un ultime (et double) album, III : So Long Suckers ! Enregistré dans un climat apaisé, Reverend Bizarre accouche d'un disque-épitaphe démesuré : 7 morceaux pour 130 minutes de musique !!! Autant dire qu'il vous faut prévoir un certain temps et une patience à toute épreuve pour apprécier cette dernière boutade comme elle se doit. S'ouvrant sur un morceau de 29 minutes (They Used Dark Forces/Teutonic Witch) suivi par un monolithe de 25 minutes (Sorrow) et ainsi de suite, So Long Suckers est le chant du cygne d'un groupe qui en a toujours fait à sa tête et qui conclut sur une note presque... sereine avant le plongeon final (Anywhere Out Of This World). Furetant avec le Heavy et le stoner, Reverend Bizarre referme le livre de son histoire avec classe et fierté. Exploit ironique : au moment où il se saborde, le groupe parvient à placer en tête des charts un deuxième titre de 16 minutes. Respect !

 2009 aura vu la sortie d'un double album rempli de B-sides, reprises ou réenregistrement, intitulé Death Is Glory... Now. Malgré son statut de bric et de broc, on y retrouve l'essence du groupe, comme à travers l'effroyable Demons Annoying Me qu'Albert avait composé lors d'une période "suicidaire", ou des reprises qui transbahutent les originaux (Deceiver de Judas Priest) ou les rendent encore plus terribles (The Gate Of Nanna de Beherit).

 Aujourd'hui, Albert est devenu chanteur d'un autre groupe de doom culte finlandais, Spiritus Mortis. Les deux albums qu'il avait composé sous le nom de The Puritan (qui ferait passer son ancien groupe pour une bande de punk) sont ressortis en un seul CD. Le batteur a rejoint un groupe punk et quelques obscurs projets electro, tandis que le guitariste a fondé un nouveau groupe, Lord Vicar, tout en étant professeur d'université, marié, deux enfants.

 Si le groupe n'a pas su suivre ses contraintes, son objectif a toutefois été atteint avec les honneurs. Son influence est indéniable et a permis au genre de redevenir populaire. Un groupe comme The Wandering Midget doit tout à Reverend Bizarre. Solitude Aeturnus est sorti de son anonymat et Candlemass revient casser la baraque. De leur coté, les pères du genre, Black Sabb... Oups, pardon, Heaven & Hell est revenu aux affaires avec un The Devil You Know qui a mis tout le monde d'accord sur les vrais boss du style. Bref, pour un genre désolé et désolant, le doom reprend des couleurs.

 Maintenant, pour conclure cet interminable article, je reprendrai les mots d'Olivier Badin (feu HnH) sur la chronique du dernier album du Reverend : "A qui s'adresse ce titre d'album ? A lui-même ou à nous pauvres pêcheurs qui n'avons désormais plus personne pour nous tenir compagnie en attendant que cette foutue vie de merde se termine ?!"

 Bonne nuit et merci d'avoir lu jusqu'au bout...

Par Buster Casey - Publié dans : Cuuuuulte !!!! Non ?
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